Liquidation judiciaire.Des enchères qui regonflent la valeur des marques

Liquidation judiciaire.Des enchères qui regonflent la valeur des marques

Première en France: la marque d'un célèbre fabricant de meubles en liquidation judiciaire a été adjugée aux enchères. Éclairage sur un processus aux multiples intérêts.

Il y a quelques semaines, le groupe Parisot, spécialisé dans la fabrication de meubles (Haute-Saône), profitait d'une aubaine. Plutôt peu connu du grand public jusque-là - il travaille surtout en marque blanche -, il s'offrait alors à l'issue d'une vente aux enchères la marque bien connue de l'entreprise Vogica, alors en liquidation judiciaire. Une première en France, où l'habitude est plutôt au rachat de machines-outils ou de biens matériel lors de telles transactions. «Cette première met fin à un paradoxe: jusqu'à maintenant, les actifs immatériels, comme la marque, mais aussi les brevets ou les croquis étaient négligés lors des processus de liquidation et souvent fusionné dans le "fonds de commerce". «Ce dernier ne reflète souvent pas la valeur stratégique de ces actifs, qui représentent aujourd'hui l'essentiel de la valeur de beaucoup d'entreprises», se réjouit Pierre Breesé, cocréateur de la société de conseil en propriété intellectuelle Fidal Innovation, et co-organisateur de la vente. Ainsi, dans une première estimation "classique", la marque du groupe Vogica n'était valorisée qu'à quelques dizaines de milliers d'euros. Avec le processus de vente aux enchères, elle a vu sa valeur passer à 550.000€, une de ses marques soeurs - également en vente - a, elle, été vendue 170.000 € pendant que des estampilles mineures l'ont été pour 20.000€. Une bonne nouvelle pour les créanciers, intéressés par la réalisation de tels actifs venant rembourser leurs pertes. Mais pas seulement. «C'est aussi intéressant pour l'acquéreur, qui peut acheter à bon prix une marque à forte notoriété, sur laquelle des investissements importants en publicité et en identité ont déjà été faits», insiste Pierre Breesé, qui a été contacté pour réaliser d'autres transactions de ce type.




Des marques purgées du risque juridique

L'autre bonne nouvelle, c'est que le système peut se révéler adapté à des marques moins connues, même si elles n'ont qu'une influence régionale ou locale. «L'enjeu n'est pas alors de s'offrir de la notoriété, mais d'économiser de l'argent et de réduire le risque juridique», explique Pierre Breesé. Il se dépose en effet chaque année près de 100.000 marques en France, et en créer une ex-nihilo impose donc de faire des recherches d'antériorité parfois longues et coûteuses, avec des investissements qui peuvent atteindre parfois jusqu'à plusieurs dizaines de milliers d'euros. Et le processus n'est pas forcément infaillible, avec des contestations possibles a posteriori. «Lorsque l'on achète une marque qui est exploitée depuis plus de cinq ans sans qu'une éventuelle réclamation à son encontre ait été posée, elle est devient juridiquement incontestable. On s'offre alors une marque solide», souligne Pierre Breesé. Bien évidemment, une condition de base s'impose: il faut que la marque rachetée ait une réputation encore vierge. Ce qui n'est pas le plus évident lorsque l'on sort d'une période de défaillance, souvent synonyme de commandes non honorée, de créances, et donc de mécontentement.