Objet de fantasmes mais aussi sujet de lourdes déceptions, la levée de fonds est un exercice périlleux que seuls des dossiers biens préparés peuvent supporter. Sur le Salon des entrepreneurs, Michel Coster, directeur de l'Incubateur EM Lyon, a réuni experts et témoin pour livrer aux entrepreneurs quelques clés de réussite. Déjà, il faut avoir conscience qu'un capital-risqueur ne prend pas de risque marché ou technologique. Ce qu'il vise, c'est une sortie à trois ou quatre ans. «Un capital-risqueur reçoit environ 300 dossiers par an; les plus grosses sociétés font dix investissements par an», rappelle Philippe Grand, associé Ernst & Young Conseil, en charge des biotechnologies. Autant dire que la sélection est rude. Les sociétés de capital-risque sont peu nombreuses, elles se connaissent donc très bien et sont habituées à travailler - ou pas - ensemble. Un dossier écarté par l'une a toutes les chances de l'être par les autres... et quasi aucune d'être réanalysé quelques mois plus tard.
Scénarisation
D'où l'intérêt de maîtriser son dossier - du ?business plan? à ?l'executive summary? en passant par le ?pitch? -, que l'entrepreneur devra scénariser pour séduire son interlocuteur. À commencer par le chargé d'affaires qui filtre les clients potentiels. «Il est très important de savoir avec qui on a rendez-vous et quel est l'ordre du jour», conseille Éric Baroin, avocat associé Lamy & Associés. Au sein de l'Incubateur EM Lyon, les entrepreneurs sont fortement sensibilisés à cette problématique. Samuel Stremsdoerfer, créateur de la société Jet Metal Technologies (voir JDE nº19, septembre2008), incubée par Créalys puis par EM Lyon, vient ainsi de lever 2,5M€. Il visait initialement 1M€ mais s'est rendu compte que, évoluant sur un secteur capitalistique, il valait mieux d'emblée lever plus pour toucher des marchés à haute valeur technologique. Jet Metal Technologies développe et commercialise depuis Écully un procédé de métallisation par pulvérisation sur des substrats de toute nature, mis au point par le Pr Guy Stremsdoerfer et son équipe du laboratoire de tribologie et dynamique des systèmes (LTDS) de l'École Centrale de Lyon. Il lui a fallu neuf mois, en plein milieu de la crise économique, pour boucler l'opération. Dans le parcours de la levée de fonds, le pitch a été un moment crucial. «On a quatre à cinq minutes pour convaincre l'interlocuteur. Il faut lui prouver que vous n'avez pas besoin de lui mais que s'il donne de l'argent, vous allez exploser la baraque!», témoigne Samuel Stremsdoerfer. «Il faut que les gens comprennent qu'il y a une opportunité à saisir, souligne Michel Coster. C'est pourquoi la présentation doit être hyper limpide.» Enfin, dernier écueil à éviter: tant que rien n'est signé, rien n'est fait!
- www.em-lyon.com
La levée de fonds, fondamentale au développement des entreprises, ne s'improvise pas. Sur le Salon des entrepreneurs de Lyon, le 17juin dernier, l'EM Lyon et ses invités ont fourni des éclairages concrets.