Début décembre, les comptes de l'entreprise Manang (11 salariés ; CA 2015 : 1,9 million d'euros ; résultat net 2015 : 67.000 euros) spécialisée dans la maintenance des ouvrages d'art et basée au Cheylas, en Isère, étaient sur le point d'être clôturés. Mais la TPE reçoit une lettre du conseil départemental lui expliquant qu'un règlement attendu de 69 226 euros pour un travail effectué pour la rénovation d'un pont ne serait payé que partiellement, « faute de crédits de paiement en 2016 sur le programme Ouvrage d'art réseau principal ».
« Je n'avais jamais connu ça auparavant », affirme le dirigeant Mathias Monier, qui indique que les collectivités représentent environ 10 % du chiffre d'affaires de l'entreprise. Il décide alors d'anonymiser la lettre reçue en effaçant le nom de l'expéditeur, et la publie sur les réseaux sociaux (Facebook et Linkedin) de l'entreprise. Sur l'un d'eux, il évoque même le fait que la prime de Noël des salariés d'une TPE comme Manang serait menacée par une telle décision. Sur Linkedin, son post a été commenté par 23 personnes et a reçu 44 likes.
Un cri de colère
« C'était un peu un cri de colère. Je voulais voir comment la communauté réagirait face à une telle situation qui met en danger la vie des petites entreprises. Je n'ai jamais cité qui que ce soit pour ne pas rentrer dans des questions de personnes, mais je voulais voir si cela suscitait le débat », explique-t-il. Résultat ? Il affirme avoir reçu plusieurs messages de soutien de son réseau éloigné, notamment sur Linkedin, y compris provenant de gens basés en dehors de la région Auvergne-Rhône-Alpes. « Cela ne fait pas avancer les choses mais j'étais au fond du trou... 35 000 euros, c'est une somme pour une TPE qui réalise 2 millions d'euros de chiffre d'affaires. Sans ce règlement, j'aurais été contraint de décaler le versement des primes de fin d'année ».
Il rappelle que dans le cadre des marchés publics, le délai de paiement légal est porté à 60 jours. « Heureusement pour nous, l'histoire se termine bien car j'ai rappelé les services du département après avoir reçu la lettre. La personne que j'ai eu au téléphone a débloqué la situation juste avant le 31 décembre », affirme Mathias Monier, qui indique ne pas savoir si ses billets sur internet y sont pour quelque chose. « Si c'était à refaire, je le referais ».