Témoignages de Laurence Parisot, Jean-François Roubaud, Hervé Novelli... Discours de Christine Lagarde et François Fillon. Une animation assurée par les journalistes Ruth Elkrief ou encore Brigitte Jeanperrin. Les États généraux des CCI, au Palais des Congrès, porte Maillot à Paris, avaient un objectif clair: montrer les chambres sous leur meilleur jour. Jean-François Bernardin, président de l'Assemblée des chambres françaises de commerce et d'industrie (ACFCI), et patron de la chambre de Versailles, s'est ainsi employé tout au long de la journée à louer les vertus du monde consulaire. Derrière l'apparat et les grands discours - pas toujours passionnants - l'objectif était double. D'abord convaincre le gouvernement de l'utilité des CCI, et ainsi en tirer la meilleure des réformes possibles. Mais aussi faire oublier les dissensions. Rappelons en effet qu'avant la tenue du show, présidents de chambres et directeurs généraux étaient à deux doigts de faire exploser le système. À l'origine, sur les 148 chambres en France, un peu moins de la moitié était en effet contre la réforme. Et il aura fallu le rajout d'une disposition, la veille d'un vote en interne, pour dégager un courant majoritaire aux 2/3. «Dans la soirée du lundi au mardi, il y a un certain nombre de concessions qui ont été faites», rappelle Dominique Estève, président de la CCI Nice Côte d'Azur. «La première d'entre elles étant le maintien de la personnalité morale des CCI de base, qui n'existait pas 24h plus tôt, comme la possibilité pour un président de CCI de base de choisir son DG après avis de la CRCI, et non plus après accord. Le corollaire de la personnalité morale, c'est la possibilité de gérer les écoles». Des concessions certes, mais qui n'auront pas convaincu tout le monde. Aujourd'hui encore, un tiers d'irréductibles rejette toujours cette voie de réforme, redoutant de voir l'échelon départemental complètement dépossédé au profit d'une CCI régionale. De Brest à Nice, en passant par Bayonne, LeMans ou encore Saint-Étienne, la ligne est la même: un non ferme et définitif. «Vous parlez de concessions..., s'emporte André Mounier, président de la CCI de Saint-Étienne. Le président peut choisir son DG mais c'est la CRCI qui a toute la compétence RH, y compris celle de le licencier. Et puis, certes, on peut gérer nos écoles, mais avec le budget alloué par la région!»
Recours juridique?
Brest est l'un des plus farouches adversaires de la réforme et dont l'hostilité pourrait aller jusqu'à un recours auprès du Conseil d'état. Un recours qui risquerait fortement d'être débouté puisque seul le tribunal administratif de Paris serait compétent sur la question. La CCI de Saint-Étienne, qui n'a pas attendu les États généraux a, quant à elle déjà déposé des recours sur la procédure. «Le problème, c'est que l'ACFCI est missionnée par les CCI pour faire la synthèse de leurs idées. Les présidents lui ont laissé la bride sur le cou et personne, à aucun moment, n'a arrêté Bernardin dans cette réforme démente que personne ne lui demandait. Ni le gouvernement, ni nous!» renchérit André Mounier. Au-delà de cet espoir juridique de voir la réforme retoquée, les opposants comptent bien aussi sur un nouveau vote des CCI. Car une fois le projet officiellement formulé par l'équipe de Jean-François Bernardin, et avant le passage devant les parlementaires français, il devra à nouveau être visé par l'ACFCI. À Saint-Étienne, on semble plutôt désabusé sur la capacité de réaction des chambres face à Bernardin, on mise donc plutôt sur un lobbying auprès des parlementaires locaux. Histoire que lors du vote de la loi, ils puissent prendre en compte leurs doléances.
Derrière les grands discours et les témoins prestigieux, certaines CCI ont toujours la ferme intention de faire capoter le projet de réforme actuellement porté par Jean-François Bernardin et les 2/3 des chambres.