Grenoble
Les plans sociaux menacent-ils l'économie locale ?
Grenoble # Conjoncture

Les plans sociaux menacent-ils l'économie locale ?

Les annonces de suppressions de postes et réorganisations au sein de grands groupes fleurissent autour de Grenoble : Siemens, ST Micro, Hewlett packard, Caterpillar et désormais Lafarge en Nord-Isère... Quel impact pour le bassin grenoblois ? Les collectivités ont-elles une carte à jouer ?

« Grenoble a une culture industrielle ancienne, avec la présence de 10 grands groupes privés parmi lesquels 7 sont des multinationales à capitaux étrangers, ce qui se traduit par une plus grande exposition : le bassin a perdu entre 2008 et 2013 près de 10.000 emplois industriels », résume le maire de la ville, Éric Piolle, qui rappelle que les plans actuels ont cependant moins d'impact que les précédents. Pour François Peyronnet, directeur général adjoint des services à la métropole, ce phénomène n'est pas propre à la ville : « Les grands groupes ne font plus de plans sociaux avec des licenciements, mais des appels à la régulation avec des départs volontaires. Ils recrutent simultanément d'autres compétences, le solde final n'est donc pas négatif ». Il prend pour exemple Hewlett packard (HP), qui en est à son 6e plan depuis 2001 : « Quand on regarde sur la durée, il y a peut-être une baisse du nombre de salariés, mais inférieure au nombre de départs volontaires ». Toutes les annonces ne se ressemblent pas : « Pour ST Micro, il s'agit d'un PSE tandis que chez HP, il y a eu des départs volontaires », met en garde François Peyronnet. Éric Piolle ajoute que les annonces au sein de HP, son ex- employeur, font suite à plusieurs découpages et répondent à « une logique de réorganisation entière de l'entreprise » tandis qu'à Caterpillar, « la réorganisation semble pour l'instant bénéficier à Grenoble, où un transfert des activités devrait s'opérer ».

Entre agir et dialoguer

L'une des principales difficultés pour les collectivités ? « Les centres de décision de ces grands groupes ne sont pas à Grenoble », résume François Peyronnet. Pour autant, des actions sont-elles possibles ? « Il n'existe pas de dispositif d'intervention pour répondre à une situation de crise dans une entreprise, les aides aux entreprises étant interdites ». Si la métropole n'a pas d'outil direct pour intervenir, elle se place à travers sa compétence économique en soutien à la compétitivité des entreprises en matière d'investissements en R & D, en lien avec les pôles de compétitivité. « Mais ce n'est pas une réponse aux mutations économiques. Dans ces cas, on est à l'écoute, on reçoit les salariés, on rencontre la direction générale et on essaie de peser sur les décisions, qu'elles soient prises à Grenoble ou ailleurs », ajoute François Perronet.

Conditionner les aides

Éric Piolle cite pour sa part le dossier de STMicro, où il a rencontré à plusieurs reprises le Ministère, BpiFrance ainsi que les acteurs influents. « Les acteurs publics locaux font le lien avec le territoire, face à des centres de décisions qui sont ailleurs ». Dans le cas de Siemens, où les effectifs ont été quasiment divisés par deux entre 2010 et 2014, le maire a écrit au ministre Michel Sapin. « Ce sont des entreprises qui perçoivent des centaines de milliers d'euros de crédits impôts recherche et des commandes publiques. Même s'il y a des hauts et des bas, le marché reste porteur ». Pour autant, le maire de Grenoble ne croit pas à la menace : « La métropole a plutôt opté pour une critérisation des aides à l'égard des entreprises, afin qu'il y ait un partage du risque et que quand ça marche, la collectivité puisse réinvestir son argent ailleurs ». Reste que selon lui, des arrivées comme celle du centre de R & D d'Apple ou les investissements massifs (120M€) annoncés par le groupe Schneider sont bien le signe que la ville reste attractive pour les grands groupes. « Grenoble a une carte à jouer car il existe un maillage entre la qualité de vie qui permet de conserver les bons éléments et l'écosystème, qui fait que l'on croise les projets ».

Grenoble # Conjoncture