La première édition de Place aux Biosourcés a eu lieu il y a deux ans à Nantes. En quoi cette deuxième édition se distingue-t-elle ?
Le premier événement a fait office de coup d’essai. Ce nouveau rendez-vous ressemblait plutôt à celui de la confirmation qu’une véritable filière des matériaux biosourcés est en éclosion dans les Pays de la Loire. Pour preuve, nous sommes passés de 10 à 18 exposants, et de 350 à 700 visiteurs inscrits. Cet événement n’a pas d’équivalent dans d’autres régions françaises. Nous souhaitons valoriser les initiatives autour des matériaux biosourcés dans la région, et pour ce faire, créer un événement récurrent à Nantes.
En quoi les Pays de la Loire se distinguent-ils des autres régions ?
Notre région constitue un écosystème très développé avec des producteurs agricoles nombreux, capables de fournir par exemple de la paille en grande quantité. Mais il y a également des transformateurs sur le territoire, avec des acteurs comme Cavac Biomatériaux qui produit un isolant à base de chanvre. On compte aussi des concepteurs, avec certains architectes qui s’engagent dans cette voie. Pour preuve, cette deuxième édition a eu lieu au sein de l’école nationale supérieure d’architecture (Ensa) de Nantes. Les clients finaux sont aussi au rendez-vous. En Pays de la Loire, les matériaux biosourcés représentent 20 à 25 % des parts de marché de la commande publique. Au niveau national, malgré la morosité ambiante dans le secteur du bâtiment, les matériaux biosourcés forment une bulle avec une progression constante. Ils pèsent au global 10 à 11 % de parts de marché.
Parmi les matériaux biosourcés, quels sont ceux qui tirent leur épingle du jeu ?
Bien sûr, ils n’ont pas tous la même maturité de développement. Le bois occupe la place du grand frère, mais les autres ne sont pas en reste. Par exemple, il y a 10 ans, la paille était utilisée surtout pour des projets d’auto-construction, mais aujourd’hui le secteur se professionnalise. La terre crue prend le même virage. En Pays de la Loire, il y a aussi beaucoup de roseaux, qui servaient auparavant seulement pour rénover les toits de chaume. Aujourd’hui, les roseaux servent à des panneaux acoustiques ou encore à fabriquer des isolants.
Les biosourcés présentent néanmoins des prix globalement plus élevés. Comment convaincre les décideurs de se lancer ?
Aujourd’hui, tout le monde est proche de ses sous, et la variable d’ajustement repose souvent sur les ambitions environnementales. Il ne faut surtout pas baisser les bras. Il faut montrer aux décideurs qu’au-delà de l’aspect écologique, ces matériaux sont pourvoyeurs d’emplois locaux, par rapport à des produits qui viendraient de loin. De plus, ils représentent souvent des économies d’énergie plus importantes sur le long terme.
Quels sont les défis à venir pour le secteur des matériaux biosourcés ?
La filière a démontré sa capacité à construire. Il faut maintenant changer d’échelle. Pour ce faire, il faut construire des édifices phares afin de prouver que la filière est prête pour de plus gros chantiers. Des bâtiments emblématiques commencent à émerger dans la région comme le futur lycée à Saint-Philbert-de-Grand-Lieu, certains bâtiments universitaires du futur CHU nantais, ou encore le projet de ZAC à Pirmil Les Isles. La construction de la Tour Eiffel avait permis à l’époque de massifier les constructions métalliques… Il faudrait un équivalent pour les biosourcés.