Quel bilan dressez-vous à l’issue de votre première année de mandat à la présidence de FCE Toulouse et Haute-Garonne ?
Le contexte économique d’il y a un an n’a pas tellement changé : absence de loi de finances, incertitudes budgétaires, économiques… J’ai commencé mon mandat en me disant que, justement, quand les années sont difficiles, il faut encore plus s’entraider. L’entraide fait partie de l’ADN de l’association depuis sa création en 1945. Aujourd’hui, la délégation de Toulouse est la plus importante de France, avec environ 150 adhérentes, tous secteurs d’activité confondus, tous âges, toutes tailles d’entreprise. Elle regroupe en majorité des femmes chefs d’entreprise mais aussi des cadres dirigeantes salariées. Nous avons récemment accueilli, par exemple, des profils issus de Coca Cola, TBS ou encore la direction générale de cliniques. Le réseau s’est donc bien étoffé, il est de plus en plus visible, et c’est très positif.
Quel a été le cœur de votre action ?
Nous avions un enjeu majeur : créer du lien entre 150 adhérentes, dont certaines ne se connaissaient pas du tout. Nous avons donc organisé au premier trimestre 2025 une grande soirée de travail en intelligence collective. Les participantes étaient réparties en petits groupes qui tournaient, avec un exercice très cadré : trois minutes pour se présenter, donner son prénom, son activité et une spécificité personnelle ou professionnelle. L’exercice a énormément plu. Des adhérentes de longue date ont même découvert de nouvelles facettes les unes des autres. Cela crée du lien, ouvre de nouveaux sujets de discussion, et rapproche les personnes. Nous avons aussi organisé deux ateliers dédiés à la prospection commerciale. Quand la conjoncture est difficile, il faut revenir aux fondamentaux : le pitch, la cible, la différenciation par rapport à la concurrence. Les retours ont été très positifs, avec des adhérentes qui ont réellement mis en application les conseils.
Vous avez également organisé un séminaire, inédit pour la délégation. Pourquoi ce choix ?
C’est le deuxième grand volet de l’année. Nous avons organisé un séminaire à Marrakech en novembre. Cela peut surprendre mais le réseau FCE est mondial. Il existe des femmes chefs d’entreprise au Maroc, notamment à Marrakech, et l’idée était justement de créer un échange. Nous avons été une trentaine de membres de FCE 31 à être accueillies la première journée à la Chambre de commerce et d’industrie de Marrakech, par son président, des institutionnels, et une quarantaine de femmes chefs d’entreprise marocaines, dont certaines venaient de Casablanca. L’accueil a été exceptionnel. Cela a généré de véritables synergies, des échanges sur des métiers complémentaires. C’est l’ADN de notre réseau : savoir que l’on peut compter sur les autres.
Allez-vous renouveler l’expérience cette année ?
Oui. Nous n’avons pas encore arrêté le lieu, la période ou le budget. L’idée reste de choisir une destination facilement accessible depuis Toulouse, et surtout un pays où il existe aussi des femmes chefs d’entreprise pour favoriser les échanges. La Belgique, par exemple, fait partie des pistes : proximité, langue, institutions européennes. Lors de l’assemblée générale, nous allons définir une période : avril ou novembre. Une fois la période validée, nous choisirons la destination.
Quel sera l’ordre du jour de l’assemblée générale ?
La présentation des comptes, puis un récapitulatif de tout ce qui a été fait dans l’année. Il faut rappeler que nous sommes toutes bénévoles : il n’y a pas de permanent. Chaque mois, nous organisons un dîner avec une thématique liée à l’actualité entrepreneuriale : facturation électronique, santé, commerce… Nous organisons aussi des ateliers animés gratuitement par les adhérentes pour les adhérentes, des cafés en petits comités pour apprendre à se connaître. Nous participons également à Octobre Rose et à Movember. Nous sommes engagées dans le salon Serviciz et dans le prix TPE, organisé avec la CCI. Cela représente un travail considérable : l’audit d’environ 60 entreprises, sur une période très condensée entre juin et l’été. Nous avons aussi été partenaires du festival " C’est qui la boss ? "
Quid de la feuille de route pour 2026 ?
Globalement, nous resterons sur les mêmes bases. Le principal sujet concerne le prix TPE : nous réfléchissons à le dissocier du salon Serviciz, car lorsque deux événements se trouvent imbriqués, la visibilité est moindre. Cela va nous demander encore du travail, mais c’est la vie du bénévolat.
Vous déclariez il y a un an que « l’émancipation des femmes passe par l’entrepreneuriat ». Pouvez-vous approfondir ?
Rien ne me prédestinait à l’entrepreneuriat : parents fonctionnaires, grands-parents agriculteurs et militaires. J’ai passé quinze ans dans le salariat bancaire avant de créer mon cabinet il y a cinq ans. Mais j’ai toujours considéré que l’indépendance financière était une source de liberté. Le travail crée l’émancipation parce qu’il rend autonome et indépendant financièrement, quel que soit le niveau de revenus. Aujourd’hui, je pense que les femmes doivent être autonomes et indépendantes. J’ai vu ma grand-mère, épouse de militaire, dépendre entièrement de son mari, sans permis de conduire, obligée de demander des autorisations. Cela m’a beaucoup marquée.
Ce message est-il relayé au sein du réseau ?
Oui, notamment à travers l’éducation financière. Savoir gérer un budget, connaître ses revenus, ses charges, hiérarchiser ses priorités. J’ai vu trop de situations de surendettement liées aux crédits à la consommation. Côté entreprise, il faut comprendre ses charges fixes, son chiffre d’affaires minimum, son bilan. Ce sont des bases essentielles, et pourtant on ne les apprend ni à l’école ni toujours dans le cadre familial.
Selon les résultats d’un sondage Odoxa pour FCE France réalisé en septembre dernier, les femmes hésitent plus que les hommes à prendre des risques et manquent de confiance en elles. Partagez-vous ce constat ?
Oui, c’est très prégnant : peur de se lancer, syndrome de l’imposteur, difficulté à solliciter des financements. Les femmes utilisent souvent leur épargne personnelle plutôt que d’aller voir les banques. Il existe pourtant des dispositifs d’accompagnement, de mentorat, mais l’information ne circule pas toujours, ou certaines n’osent pas y aller.
Fondé en 2020, votre cabinet vient de remporter le prix de la meilleure création des Trophées du Patrimoine à Paris. Quel regard portez-vous sur votre propre parcours ?
Je suis extrêmement heureuse d’avoir pris cette décision, même si elle n’a pas été facile. J’avais un statut très confortable en banque. Mon mari et moi avons quitté le secteur bancaire en même temps, trois mois avant le premier confinement. Ce fut une période très difficile, mais je n’ai jamais regretté. Ce choix était en moi. Je n’ai jamais été très conformiste, et je pense qu’à terme cela aurait coincé dans le salariat bancaire.