Depuis 20 ans, le quotidien de Jacqueline Notter, c'est le collège Solignac, à Neuhof. Un collège de ZEP (zone d'éducation prioritaire), où une majorité d'élève est en échec scolaire, avec un taux de réussite au brevet d'à peine 60%. Entre rébellion au système et résignation inconsciente. «Maintenir ces enfants dans le système scolaire, c'est un combat quotidien, insiste l'enseignante en SVT. Ils voient leurs parents trimer à l'usine, et ne veulent pas de cette vie. Mais ils savent aussi, ou se persuadent, que leurs rêves professionnels seront bridés par l'absence d'argent pour les financer». L'univers d'Éric Senet, fondateur et dirigeant du groupe Flam, c'est son bureau de la place du Temple neuf, ses restaurants Flam's et Nooï. Il parle stratégies économiques, management, investissements... Capitaine du navire, son boulot est de conjuguer les compétences de chacun pour le faire prospérer et aller de l'avant.
L'entreprise inspire l'école
Deux univers, à première vue sans liens. Mais leur rencontre, le temps d'un repas, leur a permis de créer des passerelles. «Parler avec des profs d'économie, en lycée professionnel ou généraliste, c'est avoir une discussion plus pragmatique, connectée, indique Éric Senet. Ce déjeuner a plutôt tourné autour de nos problématiques de métier. Il nous a permis de mieux connaître et reconnaître le travail de l'autre.» «En confrontant notre quotidien, j'ai réalisé que l'école s'ouvre de plus en plus à des notions importées de l'entreprise, témoigne pour sa part Jacqueline Notter: on parle bilans de compétence, ponctualité, assiduité. Des lycées poussent aujourd'hui plus loin cette réflexion en luttant contre l'absentéisme par une carotte financière. Ces expériences font débat. Ces déjeuners permettent aussi de l'alimenter. Et de chercher la formule pour préparer au mieux les élèves d'aujourd'hui à être les salariés, ou patrons, de demain...».
Boss, profs, deux métiers, deux mondes distincts. Mais avec des passerelles, une possibilité d'enrichissement mutuel. Portraits croisés.