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L’entreprise Povert a relevé le défi du redressement judiciaire
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L’entreprise Povert a relevé le défi du redressement judiciaire

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Le mercredi 17 juillet, l’entreprise de plâtrerie, menuiserie et isolation Povert, à Verrières-en-Anjou, est sortie de redressement judiciaire. Son dirigeant, Franck Bricaud, avait demandé la mise de la société sous la protection du Tribunal de commerce un an et demi plus tôt. Elle a, depuis, retrouvé le chemin de la croissance.

Franck Bricaud a repris l’entreprise Povert en 2021. Après avoir demandé la protection du Tribunal de commerce en février 2023, la société est sortie de redressement judiciaire — Photo : Olivier Hamard

Lorsqu’il a repris l’entreprise de plâtrerie, d’isolation et de menuiserie Povert à Rives-du-Loir-en-Anjou le 1er mai 2021, Franck Bricaud, qui avait déjà créé par le passé trois sociétés à Poitiers (Vienne), était confiant : 16 collaborateurs, un chiffre d’affaires de 1,6 million d’euros, de bons ratios, des équipements fonctionnels et adaptés et un carnet de commandes bien rempli. Il était bien loin de penser qu’il pousserait moins de deux ans plus tard, en février 2023, la porte du Tribunal de commerce pour demander sa protection. Aujourd’hui, après 14 mois de redressement judiciaire, l’entreprise Povert est repartie de l’avant.

Choc de cultures

Franck Bricaud n’en veut à personne, si ce n’est un peu à lui-même, mais surtout pas à l’ancien dirigeant qui lui a cédé la société qui travaille principalement pour des bâtiments à usage professionnel, principalement tertiaires. "Il était très talentueux et gérait une grosse entreprise artisanale qu’il avait su développer, explique-t-il. Je suis arrivé avec ma vision de dirigeant de PME et ça a été un choc de cultures. Aussi, je me suis adapté au fonctionnement existant sans trouver ma place." Plutôt que de piloter l’entreprise comme il sait le faire, Franck Bricaud prend alors un rôle opérationnel, va sur les chantiers, effectue des devis… "Comme mon prédécesseur, raconte-t-il, qui fonctionnait avec un adjoint chargé d’affaires qui était un peu un second patron. S’ajoutait à cela un carnet de commandes concentré sur 5 à 6 mois, qui aurait pu être réalisé sur 12 à 15 mois, avec des coûts d’achats très élevé et de faibles marges."

"Je ne prenais pas les bonnes décisions"

Peu à peu, l’entreprise au fonctionnement artisanal bat de l’aile. En interne, l’adjoint fait ses valises au bout de quelques mois. Il reviendra un an plus tard. L’effectif se renouvelle, "avec des départs volontaires ou provoqués, précise Franck Bricaud. C’était tendu, je sentais un mécontentement. J’avais mes idées et je voulais les mettre en place mais je n’arrivais pas à piloter." Les deux premières années qui suivent la reprise, l’entreprise a du travail, le chiffre d’affaires est correct mais la rentabilité n’est pas au rendez-vous. "On bossait pour rien et on perdait de l’argent avec un très mauvais bilan, poursuit le dirigeant. Il y a certes des éléments extérieurs mais j’ai ma part de responsabilités. Simplement, je n’étais pas dans ma zone de confort et je ne prenais pas les bonnes décisions."

Redressement judiciaire

En février 2023, Franck Bricaud demande la protection du Tribunal de commerce. "La dette n’était pas trop importante, raconte-t-il, il n’y avait pas d’impayés et l’entreprise était dans l’orange, mais je n’ai pas attendu. Beaucoup de confrères ne connaissent pas bien le Tribunal de commerce, ont peur d’une procédure et attendent d’être dans le rouge." Le dirigeant voit alors son entreprise placée en redressement judiciaire. Un plan de continuation est établi. Un mandataire est nommé, qui fait le point sur ce qui est dû, et un administrateur. "Les dettes n’étaient pas annulées et on a figé la situation, raconte Franck Bricaud. Il fallait ce bol d’oxygène pour que je redevienne moi-même. J’ai pris une claque, mais ça m’a réveillé. L’administrateur est là pour nous aider et m’a beaucoup accompagné."

De nouveaux outils

Première urgence pour Franck Bricaud, ne pas perdre la confiance des clients, des fournisseurs et des partenaires. En sortant du Tribunal de commerce, il va les voir, directement, leur explique et s’engage sur l’avenir. "L’orgueil en prend un coup mais c’est un acte de gestion", assure-t-il. Deux des principaux fournisseurs lui font confiance. Il informe aussi ses collaborateurs et met en place de nouveaux outils, entre autres digitaux, qui étaient peu utilisés jusqu’ici dans l’entreprise. "J’ai fait une étude de la rentabilité de chaque chantier, poursuit-il. Nous étions montés à 42 % de coûts d’achats sur certains chantiers alors qu’il faudrait être autour de 35 %. Avec ces outils de pilotage, nous avons rationalisé ces coûts et sommes descendus à 28 %."

Structuration

Franck Bricaud a également restructuré, encouragé par l’administrateur. "Il m’a dit que je n’arrivais pas à exploiter ce que j’étais réellement, et qu’il fallait densifier l’encadrement intermédiaire." Désormais, deux chargés d’affaires gèrent l’opérationnel et une assistante de direction, auparavant secrétaire à mi-temps, est passée à plein temps avec un réel pouvoir de décision. "Je ne vais plus sur les chantiers et je suis revenu sur ce que je sais faire, la stratégie, le développement commercial, le management", explique Franck Bricaud. Aujourd’hui, le dirigeant dit avoir fait passer la société dans une autre dimension, et avec cette nouvelle organisation et la reprise d’un vrai rôle de dirigeant, les résultats ont été au rendez-vous. "En mai-juin 2023, nous sommes redevenus rentables, se réjouit Franck Bricaud. Le redressement était prévu pour durer un an mais a été prolongé jusqu’à fin avril 2024 par rapport à la clôture de notre bilan. À cette date, nous avions quasiment rattrapé la perte."

"Je me sens très zen"

Avec un chiffre d’affaires d’1,8 millions d’euros sur l’exercice 2023-2024 et des perspectives encourageantes, l’entreprise est redressée. Selon Franck Bricaud, qui a lui-même siégé comme juge au TC de Poitiers, "environ 80 % des redressements se concluent en liquidation, et sur les 20 % restants, seul un tiers des entreprises s’en sort comme nous." Le dirigeant a repris confiance et un plan d’apurement de la dette est mis en place. "Elle n’est pas énorme et je me sens très zen, confie-t-il. On regagne des marchés, j’ai retrouvé mon estime de moi. Aujourd’hui, on est une PME avec un pilote dans l’avion." Franck Bricaud se projette désormais dans l’entreprise, la voit évoluer dans les prochaines années en se consolidant. "Cette expérience va nous servir mais ce n’est pas mon succès. C’est celui de toute l’équipe."

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