Osons un parallèle: comment faisaient les PME avant l'ordinateur portable, internet et le courrier électronique? On ne sait plus. Mais ce dont on est certain, c'est que plus une entreprise ne saurait aujourd'hui tourner sans eux. La responsabilité sociale (ou sociétale) des entreprises (RSE), c'est la même histoire. Loin de transformer l'entreprise en ONG, il s'agit d'une autre façon de faire du business, en tenant compte de la raréfaction des ressources naturelles et de l'aspiration des consommateurs et des salariés à produire, consommer et vivre autrement. Formation, alphabétisation, écoute permanente... Voici à quelle ?sauce RSE? sont mangés les salariés de la société de nettoyage Plus que Parfait, à Saint-Denis (93). «Ici je me sens bien, et si ça continue, c'est là que je prendrai ma retraite!» Depuis qu'elle est agent de propreté chez Plus que Parfait, une entreprise de nettoyage située à deux pas du Stade de France, Fabiana a arrêté de jouer au yo-yo avec son moral. «Je me sens respectée en tant que salariée. Avant, ce n'était pas le cas.» Dans le secteur de la propreté, le social n'a pas toujours la cote. Les chèques-cadeaux à Noël relèvent de la science-fiction. «La propreté, ironise Mathieu Boullenger, gérant de Plus que Parfait, c'est envoyer le salarié n°489 sur le site n°237 pour le client n°568. Et si le salarié en question pouvait être invisible, ce serait encore mieux!»
80% des salariés formés
Tout comme Fabiana, Solange Paquette, déléguée du personnel, ne peut «que dire du bien» de l'entreprise qui l'emploie. «C'est le bien-être des salariés qui prime. On nous écoute et on nous aide à monter en compétences. Du coup, les salariés font mieux leur travail.» Ce volontarisme, les salariés le doivent aux convictions de Mathieu Boullenger, 31 ans, ancien chanteur de hip-hop en Baggys reconverti en patron cravaté. «Avant je fréquentais des régisseurs et des monteurs. Je dansais six heures par jour pour la troupe des Dix Commandements, je n'avais jamais vouvoyé personne et je ne savais même pas ce qu'était un K bis!» Un jour de 2004, il met sa carrière en sommeil et reprend la petite entreprise de son beau-père. Six ans plus tard, il compte 160 salariés; pour 3M€ de chiffre d'affaires. Depuis le début, Mathieu Boullenger «travaille dans l'esprit du développement durable», la meilleure façon pour lui de donner un sens à son nouveau métier. «Il y a une vraie politique sociale et solidaire, confirme Karine Casanave, responsable des ressources humaines. Aujourd'hui, 80% de nos salariés ont reçu une formation, et ceux qui ont démarré en bas de l'échelle peuvent faire valoir un certificat de qualification professionnelle. Sans parler des cours d'alphabétisation.»
Le ?Cohn-Bendit de la propreté?
Réenchanter la vie de salariés disséminés dans la nature, c'est aussi les réunir. «Chez nous, il y a deux présentations des voeux, ceux d'été et ceux d'hiver, s'amuse le gérant. J'en profite toujours pour demander aux salariés ce qui ne va pas.» À cela s'ajoutent les réunions mensuelles de deux groupes de travail, auxquelles sont conviés cinq salariés. Cette année, il compte par ailleurs mettre en route des réunions d'information ouvertes à tous, avec par exemple pour thème ?Comment lire une fiche de paye?. «Ça peut paraître logique de faire ça, mais dans le secteur, ça détonne. À tel point qu'à la Fédération, on me surnomme le Cohn-Bendit de la propreté!»
«C'est sur le social qu'on peut faire la différence»
Côté écologie, Mathieu Boullenger ne jure, précisément, que par les produits écolabellisés et propose à ses clients de collecter leurs déchets papier. Il projette aussi d'utiliser l'eau de pluie pour lustrer les sols, et envisage de proposer des audits de qualité de l'air des bureaux. «Même si l'écologie est importante, l'enjeu du métier est avant tout humain. Alors que toutes les entreprises de propreté affichent des papillons écologiques, c'est sur le social qu'on peut faire la différence.» Au programme: boucler la mutuelle d'entreprise, le 1% logement, et mettre en place un fichier de réclamation des salariés. Parce qu'il n'y a pas de raison qu'ils ne soient pas autant écoutés que les clients!
La responsabilité sociale des entreprises, ou RSE, constitue un mouvement de fond, intensifié par une réglementation de plus en plus exigeante.
C'est donc un sujet stratégique pour tout dirigeant, que ce soit à la tête d'une TPE, d'une PME ou d'une multinationale.