Occitanie
"L’économie régionale est en phase de normalisation"
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Christine Bardinet directrice régionale de la Banque de France en Occitanie "L’économie régionale est en phase de normalisation"

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En poste en Occitanie depuis avril 2023, l’ancienne directrice générale adjointe des ressources humaines de la Banque de France dessine un panorama contrasté de l’économie régionale, marquée par un certain nombre de paradoxes. Elle soulève aussi des points de vigilance sur le plan macroéconomique et dévoile le bulletin de santé des entreprises qui maillent le territoire.

Christine Bardinet, directrice régionale de la Banque de France en Occitanie — Photo : Banque de France

Quel regard portez-vous sur l’économie en Occitanie en 2024 ?

L’Occitanie est un territoire de paradoxes. Le premier, c’est que l’industrie est portée par l’aéronautique qui n’a pas de problème de demande mais des difficultés à livrer. Le deuxième, c’est que l’Occitanie est une région très dynamique mais qui, en même temps, affiche le deuxième taux de chômage le plus élevé en France, un point et demi au-dessus du niveau national, avec une forte dichotomie entre l’ex Midi-Pyrénées et l’ex Languedoc-Roussillon. Le troisième, c’est qu’elle est une région attractive avec une forte croissance de la population qui s’y installe mais ces nouveaux arrivants ne se répartissent pas sur le territoire. Ils se concentrent sur les deux métropoles de Toulouse et Montpellier, et cette année particulièrement dans le département de la Haute-Garonne.

Quels sont les points de vigilance sur la santé de l’économie régionale ?

Ils concernent le commerce de proximité, avec des centres-villes qui se dénaturent. Il y a beaucoup de fermetures, y compris dans des villes comme Cahors, Auch ou Foix. Il va falloir en tirer des conséquences. Et puis il y a l’agriculture. L’Occitanie est une région qui est soumise, plus que d’autres, au changement climatique et les parcelles agricoles sont extrêmement morcelées. La question se pose de savoir quelle agriculture on doit mener sur ce territoire moins riche en eau et soumis à la sécheresse. On a vu fusionner des grandes coopératives agricoles, c’est intéressant. Au-delà des sujets très politiques, l’agriculture mérite une réflexion stratégique.

Vous ne citez pas le bâtiment, que l’on dit en crise. Pour quelles raisons ?

Nous sommes plutôt surpris positivement par le bâtiment et les travaux publics même s’ils ont consommé du carnet de commandes. Il ne faut pas oublier que les années précédentes, les taux d’intérêt étaient très faibles, et qu’il y a eu un boom immobilier. Là, nous sommes dans la phase de normalisation. Certes, des petites entreprises n’ont pas résisté et des grandes entreprises ont fait le dos rond. Mais ces dernières ont quand même réussi à décrocher des marchés rentables, qui vont au-delà de la région. Quant aux travaux publics, ils sont plutôt en bonne santé, tirés par les trois gros chantiers qui se déroulent dans l’ex Midi-Pyrénées (TGV, autoroute A69, 3e ligne du métro de Toulouse). En outre, eu égard aux élections municipales à venir, il y a eu un regain d’investissements dans le public, sur des rénovations d’établissements scolaires, par exemple. L’interrogation sur les TP, c’est le financement public et il risque d’y avoir un enjeu sur ce plan-là pour notre territoire comme pour les autres. Le sujet des finances publiques est majeur aujourd’hui.

Quid de la trésorerie des entreprises ?

Les entreprises ont tendance à trouver que leur trésorerie est inconfortable, voire très tendue. C’est vrai dans certains secteurs et pour certaines entreprises. Mais cela l’est moins au global. Il y a aussi des disparités géographiques très prononcées dans la perception des choses. Un Aveyronnais vous dira que sa trésorerie est tendue alors qu’elle est confortable, quand un Catalan vous dira que tout va bien mais, en réalité, sa trésorerie est tendue. Je le répète : nous sommes en phase de normalisation. Ce qui est très positif, aujourd’hui, c’est que nous commençons à gagner la bataille de l’inflation. D’ailleurs, dans le discours du moment, on entend beaucoup moins parler d’inflation que d’insécurité fiscale.

En ce dernier trimestre de 2024, les entreprises sont-elles en adéquation avec leur budget initial de début d’année ?

Nous avons demandé au mois d’août aux 800 entreprises que nous interrogeons régulièrement de nous dire comment elles se positionnaient vis-à-vis de leur budget initial sur trois volets : leur activité, leurs investissements et leur rentabilité. Dans l’industrie, 50 % d’entre elles nous disent qu’elles sont en adéquation avec leur prévisionnel à l’export (21 % au-dessus, 29 % en dessous). Et 71 % d’entre elles sont en adéquation avec leur budget d’investissement (9 % au-dessus, 20 % en dessous). Elles ont connu un petit coup émotionnel au moment de la dissolution de l’Assemblée nationale et un deuxième, très fort, au moment du choix du Premier ministre. Mais les entreprises qui vont à l’export continuent à investir. Concernant la rentabilité, 45 % des entreprises se disent dans leur budget, 22 % sont au-dessus mais 33 % en dessous de leur prévisionnel. Il y a là une petite alerte pour nous.

Quelles sont les conséquences ?

En 2024, eu égard à l’atterrissage de l’inflation, elles n’ont pas pu augmenter leurs prix. Et pour maintenir leur rentabilité, l’autre levier reste la diminution de leurs ressources. On le voit aujourd’hui : si l’emploi salarié est globalement stable dans la région, l’intérim, en revanche, a beaucoup baissé.

Quel est le retour des entreprises de services ?

Dans les services, 77 % des entreprises nous disent qu’elles sont en adéquation avec leur prévisionnel (13 % en dessous) sur les investissements qui, bien sûr, n’atteignent pas les mêmes montants que dans l’industrie. Là, il y a surtout de nombreux sujets sur l’évolution de leur RSE (rénovation des bâtiments, transport etc.). Typiquement, il y a les locations de voitures, avec le passage à l’électrique. Quant à leur rentabilité, 57 % des entreprises nous disent qu’elles sont en adéquation (13 % au-dessus, 30 % en dessous).

Et celles du BTP ?

Les investissements sont en adéquation à 79 % mais les entreprises envisagent de moins investir désormais. Sur le plan de la rentabilité, 60 % d’entre elles sont dans leur budget (13 % au-dessus, 27 % en dessous). Il faut néanmoins être très prudent puisque nous n’interrogeons pas les très petites entreprises, seulement celles qui réalisent un chiffre d’affaires à partir de 750 000 euros.

Le nombre des défaillances d’entreprises augmente-t-il en Occitanie ?

La vitesse des défaillances s’est réduite, dont le pic s’est situé en janvier 2024. Il y en a encore beaucoup, 92 % d’entre elles frappant des TPE, mais il faut mettre en regard le nombre de créations d’entreprises. Sur la période, 5 000 entreprises ont été créées. Et selon l’Insee, les créations d’entreprises au quatrième trimestre concernent surtout des entreprises qui commencent à embaucher des salariés. C’est une très bonne nouvelle.

Quelles sont les perspectives de la Banque de France pour 2025 ?

En 2025, nous estimons que l’inflation sera globalement maîtrisée, y compris dans les services. Avec la baisse conjuguée des taux de crédits, cela devrait redonner le souhait de la consommation aux Français. Néanmoins, pour consommer, il faut avoir confiance dans l’environnement politique. Les aléas, internes et géopolitiques, n’y incitent pas forcément.

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