Le PLF 2026 annonce une baisse de 17,5 % des crédits pour l'insertion par l'activité économique. Pouvez-vous rappeler la situation actuelle du secteur en Alsace avant cette réduction ?
Avant le PLF 2026, les structures d'insertion par l'activité économique (SIAE) alsaciennes employaient 11 300 personnes, dont 9 300 salariés en parcours d'insertion, et réalisaient 136 millions d'euros de chiffre d'affaires. Ces structures fonctionnent comme de véritables entreprises : elles proposent des contrats d'insertion de 4 à 24 mois, combinant production et accompagnement social et professionnel. L'IAE joue un rôle clé pour des personnes éloignées de l'emploi, souvent confrontées à plusieurs obstacles : niveau scolaire faible, chômage de longue durée, problèmes sociaux ou de santé.
Quelles sont les conséquences concrètes pour les parcours d'insertion et les effectifs en Alsace ?
Avec la baisse prévue, environ 2 600 personnes en parcours d'insertion ne seront pas renouvelées sur l'année, ce qui correspond à 1 600 emplois à temps plein supprimés. En 2024, l'Union Régionale des Structures d'Insertion par l'Economique d'Alsace (URSIEA) avait reçu 21 000 candidatures pour 5 600 recrutements. Moins de postes disponibles (il restera environ 7 700 personnes en parcours d'insertion avec le PLF2026), signifie aussi moins de formation et d'accompagnement, et donc un impact direct sur la qualité des parcours. Les secteurs les plus touchés sont le nettoyage, la propreté urbaine, la sous-traitance industrielle et les services à la personne, y compris cantines et soutien scolaire.
Peut-on chiffrer l'efficacité économique de l'IAE en Alsace ?
Actuellement, 57 % des personnes en parcours d'insertion sortent avec un emploi ou une formation qualifiante, et 22 % décrochent un contrat long. L'étude ECOTA Conseil, basée sur les données 2022, montre qu'un parcours en IAE coûte 13 844 euros par personne, contre 11 780 euros si la personne reste totalement sans emploi.
Mais à la sortie, le coût résiduel moyen tombe à 8 094 euros par personne, car une partie des bénéficiaires retrouve rapidement un emploi à temps partiel et contribue aux recettes publiques (impôts, cotisations sociales) tandis que les aides publiques perçues pendant le parcours (RSA, aides au poste, primes d'activité, subventions) ont déjà été investies dans l'accompagnement et la formation, ce qui réduit le coût net pour l'État et la Collectivité européenne d'Alsace.
Au total, chaque parcours génère une économie nette d'environ 3 700 euros par personne. Avec plus de 9 000 personnes accompagnées en 2022, cela représentait 33,8 millions d'euros d'économies pour les finances publiques. Autrement dit, 1 euro investi rapporte 1,78 euro à l'État et à la Collectivité, sans compter le gain social et humain lié à la réinsertion professionnelle et au renforcement de l'autonomie des bénéficiaires.
Face à cette situation critique, quelles solutions sont envisagées par les structures ?
Les structures alsaciennes se retrouvent au pied du mur. Il ne faut pas oublier que nous restons des entreprises et que nous devons rester à l'équilibre !
Les pistes de réflexion incluent : mutualisation des fonctions support et de l'accompagnement, adaptation du calcul des aides aux postes, et souplesse sur les quotas annuels fixés par l'Etat pour mieux coller aux variations d'activité. Ces mesures ne sont pas encore mises en œuvre, elles sont étudiées pour préserver la qualité de l'accompagnement et maintenir les parcours d'insertion.
Y a-t-il déjà eu mobilisation des élus et des collectivités face à cette situation ? Et quelles étapes sont prévues pour la suite ?
La mobilisation politique est forte : une tribune dans Le Monde, plus de 130 amendement déposés, des interventions et courriers de parlementaires, dont Brigitte Klinkert, ancienne ministre de l'Insertion, pour alerter sur les conséquences du PLF 2026. L'URSIEA suit de près ce dossier et reste attentive à l'examen des amendements le 19 novembre, date clé pour savoir si les crédits pour les parcours d'insertion en Alsace seront maintenus, ajustés ou réduits. De leur côté, les collectivités locales, notamment la Collectivité Européenne d'Alsace (5 millions d'euros par an de subventions) et l'Eurométropole de Strasbourg, ont signalé qu'elles continueraient à contribuer pour soutenir la formation et l'équilibre financier des SIAE. Cette mobilisation vise à préserver les parcours d'insertion et le maintien de l'emploi dans le secteur, alors que les besoins de formation et d'accompagnement restent cruciaux pour les bénéficiaires.