Sur les hauteurs d’Oyonnax, au flanc d’une colline couverte de sapins, s’étend un site industriel de 12 000 m2 consacré à la production de nombreux objets en plastique du quotidien. Arrosoirs, pots de fleurs, luges ou glacières font partie des 20 millions de produits qui sortent chaque année de l’usine du groupe EDA (300 salariés ; 120 M€ de CA). Une entreprise familiale qui vient de fêter ses quatre-vingts ans, dirigée depuis 1997 par Hervé David, fils du fondateur George David.
"Mon père, issu d’une famille d’ouvriers du Jura voisin, était vacher dans sa jeunesse. Après la Seconde Guerre mondiale, avec ses économies et sa pension de prisonnier de guerre, il monte à Oyonnax Les Etablissements David, une société de négoce et de fabrication de peignes en celluloïd", explique Hervé David.
Alors que la France a tout à reconstruire et que les consommateurs ont beaucoup manqué des produits de première nécessité, le jeune entrepreneur comprend qu’il doit diversifier son activité pour répondre à la demande croissante des Français. L’entreprise fait alors l’acquisition de presses à injecter pour concevoir et fabriquer des jouets en plastique, sous la marque Dolly. Quelques années plus tard, la société lance son premier arrosoir EDA, qui devient l’emblème de la marque aindinoise, avant de sortir en 1970 une glacière. "L'entreprise a toujours fabriqué les produits que le marché lui demandait et s’est développé au gré des opportunités", explique pour sa part Isabelle Vidal, directrice générale adjointe du groupe. Après la création de l’activité "loisirs de plein air" et la glacière, l’entreprise prend en 1980 une nouvelle orientation avec la conception de mobilier de jardin et d’équipement de la maison. Deux ans plus tard, EDA lance l’activité "neige et loisirs" avec la production d’une première luge. Des objets aujourd’hui toujours conçus et produits à Oyonnax. "EDA est le seul et le dernier fabricant français de glacières en plastique à ce jour", assure la directrice générale adjointe.
Un très jeune nouveau patron
En 1996, George David meurt brutalement, suivi de son épouse, qui assurait la gestion administrative de la société à ses côtés. Hervé n’a que 27 ans, il travaille déjà au sein de la société familiale et doit décider de l’avenir du groupe. Pour celui qui dit "être tombé dedans dès l’enfance", la décision coule de source. "Le bruit des machines et l’odeur du plastique sont comme une madeleine de Proust pour moi", raconte le directeur général. "Enfant, lorsque je rentrais déjeuner à la maison attenante au site de production, j’adorais aller voir les ouvriers sur leurs machines," se souvient-il.
Croissance externe
Contrairement à son père, qui a développé l’entreprise en diversifiant en interne les gammes proposées, le jeune homme mise tout de suite sur la croissance externe. Entre 1997 et 2023, le groupe EDA rachète ainsi sept entreprises sur des marchés où il était déjà présent, ce qui lui permet d’étoffer régulièrement son portefeuille de produits. EDA reprend une marque de raquettes de neige et de pots de fleurs tout d’abord, puis une société spécialisée dans les produits destinés à la maison puis dans les jardinières. En 2023 enfin, EDA acquiert Poetic, une entreprise qui fabrique des gammes de pots d’intérieur et d’extérieur pour les spécialistes. "Lorsque Hervé a repris l’entreprise de son père, EDA faisait autour de 15 millions d’euros de chiffre d’affaires. Il est parvenu à développer EDA au-delà de beaucoup de sociétés de plasturgie de la région", estime Isabelle Vidal.
Innover pour rester compétitif
Afin de continuer à séduire ses clients - les grands distributeurs français (hyper et supermarché, discounters et jardineries) et le consommateur final - le groupe mise également sur l’innovation. Quatre à cinq millions d’euros sont investis tous les ans pour proposer des produits adaptés aux évolutions de la demande. "Nous sommes les premiers à avoir fabriqué des pots de fleurs en différents coloris, nous avons très tôt développé des récupérateurs d’eau de pluie et sommes les inventeurs des pots à doubles parois pour isoler la terre et protéger les racines des plantes", assure la directrice générale adjointe. Le groupe vient d’ailleurs d’investir dans de nouveaux moules pour fabriquer une glacière format XXL et une nouvelle malle de rangement de jardin. "Dans l’injection, les moules sont très coûteux et nécessitent de gros investissements", explique Isabelle Vidal.
Sous l’impulsion d’Hervé David, l’entreprise se développe aussi à l’international, avec désormais trois filiales, en Allemagne, Belgique et Espagne. "Nous réalisons environ 20 % de notre activité à l’export, principalement dans les pays limitrophes. La valeur unitaire du plastique étant relativement faible, il n’y a pas beaucoup de sens économiquement d’exporter à plus de 1 500 km de notre usine", estime la directrice générale adjointe.
Des produits écoconçus
Autre intuition du dirigeant alors que le plastique bashing prend de l’ampleur : fabriquer des produits où le plastique possède un intérêt et est difficilement remplaçable. Les jardinières en terre cuite peuvent se casser et se fissurer lorsque le gel arrive. "Nos pots de fleurs sont sous garantie pendant 7 ans et sont entièrement recyclables", souligne la directrice générale adjointe.
EDA a également très tôt pris le virage de l’éco-conception, en fabriquant des objets aussi légers et durables que possible, produits à partir de mono matériaux faciles à recycler. À ce jour, 30 % des objets sont fabriqués à partir de plastique recyclé. "Nous visons 50 % d’ici 2028", ajoute Isabelle Vidal. Le groupe travaille pour cela avec les éco-organismes et les recycleurs pour accélérer sa transition environnementale.
Une marque peu connue du grand public
Malgré un catalogue de 20 000 références et 20 millions de produits vendus chaque année, la marque reste peu connue du grand public. "Nous estimons que quasiment tous les Français possèdent un objet EDA chez eux sans le savoir", plaisante la directrice générale adjointe. Un choix assumé par le dirigeant, qui estime que l’attention au produit prime sur la marque. "Nous avons toujours voulu proposer des objets accessibles au grand public et avons peu investi dans le marketing", avoue Hervé David. Et si l’après Covid a été plus difficile pour le groupe, dont l’activité stagne depuis trois ans, la stratégie reste la même : investir dans l’innovation et profiter des opportunités de marché.