Un léger voile de brouillard enveloppait, ce lundi 29 septembre aux aurores, les alentours de la gare de Colmar où se trouve le siège du Medef Alsace. Une parabole climatique de circonstance par rapport au message formulé par le syndicat patronal régional, qui regroupe quelque 500 adhérents, déplorant le "manque de visibilité" dont ont "besoin les chefs d’entreprise pour pouvoir se projeter dans le temps".
En marge de la mobilisation générale des entrepreneurs, programmée le 13 octobre par le Medef national, son antenne alsacienne fustigeait, par la voix de son président Franck Favre, "une gestion de la France à la petite semaine" en référence aux vides budgétaires et ministériels à répétition. "En tant qu’entrepreneurs, nous avons besoin d’une vision sur le temps long et impérativement besoin de liberté. De liberté d’entreprendre et d’innover sans le carcan réglementaire qu’on nous impose depuis six ans", a poursuivi Franck Favre, également P.-D.G. du groupe de BTP Arkédia (400 collaborateurs ; 60 M€ de CA en 2024), implanté à Turckheim dans le Haut-Rhin.
Un report demandé
Pour illustrer son propos, le dirigeant a cité la mise en place du mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF) qui doit entrer en vigueur au 1er janvier 2026. "On ne sait toujours pas quelles seront ses règles d’applications. Nous demandons un report, d’un à deux ans, de cette nouvelle taxe pour savoir où on va", a-t-il martelé. Idem pour la future RE2028 qui, selon lui, "pourrait générer une augmentation de 15 à 20 % du prix du mètre carré" en matière de logement et donc autant moins en termes de pouvoir d’achat chez les Français. Deux exemples, parmi d’autres, qui caractérisent la "déconnexion grandissante" entre dirigeants économiques et décideurs politiques.
"Notre sentiment est que le budget de l’État ne se résume pas à un problème de recettes mais davantage à un souci de dépenses."
"Seule l’activité économique doit être la ligne directrice du budget à venir. Notre sentiment est que le budget de l’État ne se résume pas à un problème de recettes mais davantage à un souci de dépenses", insiste Geoffroy Roederer, P.-D.G. du courtier d’assurances éponyme implanté à Strasbourg et coprésident du club ETI du Grand Est, afin de garantir "la compétitivité de la France au sein de l’Union européenne". D’autant que Franck Favre assimile certains États établis au-delà des frontières de l’UE à des "carnassiers". Mention à peine voilée à destination des plateformes chinoises, de type Temu ou Shein, qui cannibalisent le commerce physique.
Malgré le contexte politique atone, le Medef Alsace se veut force de propositions. En vantant à l’échelon national, le dynamisme local notamment incarné par "les 8 000 créations d’entreprises, la tradition de l’apprentissage et son attractivité auprès des investisseurs étrangers", d’après Céline Kern, membre du conseil d’administration du Medef Alsace qui regroupe 500 adhérents.
Éviter l’opposition entre salariés et entrepreneurs
Ses représentants veulent d’ailleurs éviter "l’opposition entre les salariés et les entreprises" qui semble s’instaurer de "manière délétère par le biais de partis politiques extrêmes". Si "l’absence de projet (nous) préoccupe", le Medef Alsace ne se veut pas "défaitiste". "Nous ne sommes pas hors sol. Nous souhaitons être pédagogiques", insiste Franck Favre qui, à l’issue de la mobilisation du 13 octobre, entend militer pour "une action de terrain responsable afin qu’on puisse continuer de parler de nos propositions".