Bruno Mascarin, vous avez pris la direction de l’attractivité, du développement économique, de l’innovation et l’enseignement supérieur de Le Mans Métropole en avril 2024. Pouvez-vous présenter votre parcours ?
J’ai fait des études d’expert-comptable. Pendant vingt ans à Bordeaux (Gironde), je me suis d’abord orienté vers le métier de banquier d’affaires, pour accompagner des start-up notamment. Puis dans le développement d’entreprises. J’ai aussi été directeur de technopole à Bordeaux-Montesquieu. J’ai ensuite été directeur du pôle économique de Pau (Pyrénées-Atlantiques), puis dirigeant d’entreprises.
Après une carrière dans le Sud-Ouest, pourquoi avoir postulé au Mans ?
J’avais envie de revenir à une activité autour du développement économique et de l’innovation, avec une notion de territoire. Et c’est le challenge le plus intéressant que j’ai vu… C’est un projet de métropole avec des moyens et de nombreux projets. Et c’est une ville bien identifiée, qui a une situation stratégique avec la proximité de Paris notamment.
"Le projet de métropole le plus intéressant que j’ai vu, avec des moyens et une situation stratégique"
À quoi cette nouvelle direction de l’attractivité ressemble-t-elle de l’intérieur ?
Avant mon arrivée en avril, les services de la collectivité (dont Cénovia et Le Mans Innovation, NDLR) et l’agence de développement économique (l’association Le Mans Développement en janvier 2024, NDLR) avaient déjà été regroupés. Au Mans, cela représente une vingtaine de personnes concentrées sur l’économie, l’emploi, l’enseignement supérieur, l’innovation, le tourisme. Dans ce dernier domaine, les bras armés de notre action seront Le Mans Événements et l’office du tourisme. Nous avons recruté une responsable du marketing territorial. Avec les chefs de service, nous devons élaborer notre stratégie. Je dois aussi terminer le prévisionnel pour présenter un budget opérationnel qui sera voté pour 2025 (la collectivité a annoncé 1,2 milliard d’euros d’investissements en six ans, NDLR).
Quand pourra-t-on observer la première action de cette nouvelle direction ?
À partir de la rentrée. Nous allons commencer sur les réseaux sociaux et par de l’affichage. Plutôt que par le support, nous devons nous différencier avant tout par le message.
Se différencier car les marques de territoires mettent les collectivités en concurrence… ?
Nous sommes un peu en concurrence entre territoires pour attirer des entreprises ou des étudiants. Mais on ne va pas faire de la publicité mensongère : on a le savoir-faire, on a une ville connue à l’international avec les 24 Heures notamment, ce qui n’est pas donné à tout le monde, et on a une marque "Of Course Le Mans" qui fonctionne plutôt bien. Donc on ne part pas de rien.
Alors que manque-t-il à la ville et à la métropole du Mans ?
C’est avant tout un problème de visibilité. Je pense franchement que Le Mans a tout ce qu’il faut, avec une facilité d’accès notamment depuis Paris, un coût de la vie qui peut être attractif, une ville où il fait bon vivre.
"La rénovation du Palais des Congrès sera un élément déterminant pour l’attractivité du Mans"
En termes de visibilité, il y a les courses automobiles et de motos…
Si les 24 heures du Mans est un événement authentique, je pense qu’il est encore sous-exploité. Il ne parvient pas à capter suffisamment d’acteurs économiques. Nous voulons mener des réflexions avec l’ACO (Automobiles Club de l’Ouest, organisateur des courses et gestionnaire du circuit, NDLR).
Quel autre équipement pourrait être un levier fort d’attractivité ?
La rénovation du Palais des Congrès sera un élément déterminant (près de 80 millions d’euros de travaux entre 2024 et 2028, NDLR). Ce sera un outil moderne et d’attractivité, un endroit phare pour développer du tourisme d’affaires, qui peut ensuite donner des idées et l’envie à des entreprises de revenir, voire de s’implanter sur le territoire. Nous sommes actuellement dans la prospection d’événements professionnels ponctuels ou à reconduire.
Avez-vous déjà une vision des entreprises à attirer ?
Nous faisons une veille sur les opportunités. Les industries qui voudront venir devront être complémentaires de celles qui existent déjà sur le territoire. Nous ferons aussi attention au foncier nécessaire au regard du nombre d’emplois que leurs activités pourraient créer. Ce sera du cas par cas. Vis-à-vis des Zan (zéro artificialisation nette), Le Mans et ses alentours ont la chance de disposer de friches industrielles, qui laissent une certaine souplesse pour envisager les aménagements…
Comment percevez-vous le tissu économique local ? Et comment allez-vous vous appuyer dessus ?
Je vais commencer un tour des entreprises "phares" qui devraient avoir un rôle à jouer pour la visibilité du territoire. Pour l’emploi, les mobilités et la formation notamment. J’essaie d’en repérer une grosse cinquantaine, à commencer par celles qui réalisent plus de 50 % de leur chiffre d’affaires à l’international. Celles aussi qui ont un savoir-faire pointu. L’idée est de les intégrer dans un vrai process d’attractivité territorial. Nous devons évidemment travailler comme une agence de développement économique, pour prospecter et faciliter les implantations et la vie des entreprises.
"Ce qui manque au Mans, ce sont des ingénieurs, des métiers du numérique, des datas, de l’IA, etc."
En quoi développer l’enseignement supérieur avec un objectif de 13 000 à 20 000 étudiants d’ici 2030 peut-il être un levier d’attractivité pour le territoire et les entreprises qui s’y trouvent ?
C’est une taille critique par rapport aux villes ou métropoles de même taille. Le premier pas est de faire venir des écoles, et de les construire. Le futur campus en centre-ville doit être un levier d’attractivité pour les écoles de technologies et d’innovations. Les entreprises locales sont très demandeuses de cela pour avoir un vivier de jeunes étudiants de bons niveaux. Il faut trouver des formations en cohérence avec l’existant. Ce qui manque au Mans, ce sont des ingénieurs, des métiers du numérique, des datas, de l’IA… Il faudra ensuite créer les liens, les réseaux, la proximité entre les écoles et les différents acteurs pour faciliter les recrutements et créer une émulation, en particulier autour du futur campus près de la gare. Nous devons regarder ce qui favorisera aussi ce secteur comme lieu de vie.
Dans la ville elle-même, quels points devrez-vous suivre ensuite ?
Le logement est un gros dossier, plusieurs projets sont en cours ou à l’étude. La mobilité aussi. Plusieurs chantiers doivent amener à faciliter les déplacements des gens qui travaillent : les chronolignes, le rallongement des lignes de tramways, les circuits de vélos autour de la métropole. On peut trouver d’autres innovations pour les mobilités avec le pôle de compétitivité ID4Mobility et XMobility Le Mans.