Toulouse
Le groupe abandonne le VIP pour l'ingénierie cabine des avions commerciaux
Interview Toulouse # Aéronautique et spatial

Joël Frugier Joël Frugier Le groupe abandonne le VIP pour l'ingénierie cabine des avions commerciaux

Airbus a profité du salon Aircraft Interiors à Hambourg pour annoncer la création d'une nouvelle entité basée à Toulouse, Airbus Interiors Services, remplaçant Airbus Corporate Jet Centre (ACJC). Explications du directeur général Joël Frugier.

Le Journal des Entreprises : À quel moment Airbus a-t-il décidé de supprimer ACJC pour la remplacer par cette nouvelle filiale ?

Joël Frugier : Cela fait plus d'un an que nous travaillons à cette migration. Notre nouvelle filiale Airbus Interiors Services a été créée en mars 2017, mais il ne s'agit que d'un changement de nom : c'est la même entité juridique qu'Airbus Corporate Jet Centre.

Airbus passe donc d'une activité dédiée à l'aménagement d'avions d'affaires et VIP, avec une orientation d'exclusivité et de luxe, à une activité d'aménagement cabine pour les compagnies aériennes. Pour quelles raisons ?

J.F. : Pour deux raisons : d'abord, le marché des business jets est en perte de vitesse depuis plusieurs années dans le monde. Par ailleurs, Airbus se posait la question de se développer sur le marché des cabines depuis des années, au service de son marché central qui est celui de l'aviation commerciale. Comme nous ne pouvions pas avoir ces deux activités dans la même société, nous avons décidé de dédier l'équipe d'ACJC, dynamique et capable de traiter des dossier complexes, à l'aménagement cabine pour avions de ligne.

Est-ce qu'Airbus abandonne le segment de l'aménagement des avions VIP ?

J.F. : Non, le groupe continue d'être actif sur ce segment mais plus à Toulouse, via des sous-traitants en Allemagne, Suisse ou Etats-Unis.

Combien de salariés la filiale Airbus Interiors Services emploie-t-elle à Toulouse ?

J.F. : La filiale, qui est rattachée à l'activité Services d'Airbus, dirigée par Laurent Martinez, emploie 120 salariés. L'annonce de sa création a été faite en avril au salon Aircraft Interiors à Hambourg mais ce n'est pas un effet d'annonce, nous avons déjà des offres et des solutions opérationnelles.

Quelles sont vos activités ?

J.F. : Nous sommes sur trois segments. Nous développons d'abord des produits dédiés au marché des avions déjà livrés qu'il faut moderniser - complétant ainsi l'offre d'Airbus qui livre des avions neufs. Sur le marché de la connectivité par exemple, en forte croissance, Airbus avait développé des solutions mais toutes n'étaient pas disponibles pour les flottes déjà en service. C'est ce que nous faisons désormais, avec des antennes de connectivité. La cabine est aussi concernée : pour Virgin Atlantic qui voulait moderniser sa flotte d'A330, nous avons développé spécifiquement des équipements comme une zone bar et de nouveaux sièges business.

Quel est la deuxième activité d'Airbus Interiors Services ?

J.F. : Nous travaillons sur la fourniture de mobilier, adapté aux besoins de la compagnie aérienne : cloisons, rangements, bars, toilettes... Notre marché principal est toujours celui de la modernisation de flottes en service mais nous pouvons aussi opérer pour des avions neufs. À titre d'exemple, nous avons développé un concept de classe premium qui pourrait remplacer la première classe, avec un espace jour et un espace nuit, ce dernier comprenant une cabine complètement isolée et un vrai lit.

Et votre dernier segment ?

J.F. : Nous développons des éléments de cabines sur étagère : coffres de toit au-dessus du couloir dans l'avion, prises pour recharger les appareils électroniques situées dans les panneaux ou entre les pieds des sièges... De nouveaux concepts sur lesquels nous pouvons innover.

Comment avez-vous vécu cette transition qui n'a pas dû être facile, entre ces deux métiers ?

J.F. : Ce n'est pas facile en effet mais c'est passionnant car ce marché nous offre des perspectives encore plus importantes. Nous perdons l'aspect luxe mais nous rentrons dans une dynamique industrielle. Nous y gagnons en innovation, en conservant notre agilité, notre capacité à développer très vite, en équipe, très proche des clients. Le défi aujourd'hui est de réussir des prouesses techniques non pas une fois mais 50 fois ! Nos employés sont restés globalement dans l'entreprise, et 80 % de notre supply chain reste la même. Nous avons déjà livré une quinzaine de clients : Virgin Atlantic, Liberia, Finnair, TAP Portugal...

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