Fondée en 1867 à Laval, TDV Industries pourrait voir filer ses dernières heures. La direction de l’usine de textile se donne quatre mois pour trouver un repreneur. Sans quoi, le site fermera en février 2026. Un plan de sauvegarde de l’emploi a été présenté aux 120 salariés ce lundi 15 septembre. Une réduction des effectifs a déjà été engagée ces dernières années : l’usine employait 160 salariés jusqu’à fin 2019, date des premières suppressions d’emplois.
Un portefeuille trop aléatoire
TDV Industries est spécialisé dans les tissus techniques pour les vêtements de travail et de protection pour l’industrie, l’énergie, la construction et le militaire. Une diversité d’activités mais pas de débouchés. "Dix clients représentent 80 % du chiffre d’affaires", indique l’entreprise. Lorsqu’un contrat est perdu, l’activité s’en ressent fortement. Ce fut le cas en 2024, explique la direction : l’usine a produit moins de 4 millions de mètres de tissus, tournant ainsi à 50 % de sa capacité de production.
Un process en décalage avec le marché
La dépendance vis-à-vis des clients est l’une des explications des difficultés de l’entreprise. Son positionnement technique en est une autre. TDV Industries fabrique en effet des textiles en coton à 65 % et polyester. C’est lié à l’histoire de la filature sur les bords de la Mayenne. Or, le marché en pleine mutation se tourne de plus en plus vers des tissus techniques à 65 % en polyester, plus résistants. La part croissante des loueurs de vêtements de travail auprès des entreprises, qui pèsent aujourd’hui la moitié des commandes du marché, et qui lavent à haute température (75 °C) les vêtements renvoyés à l’entretien, pèserait de plus en plus dans le recours aux tissus synthétiques…
Un contexte non favorable
Ces difficultés structurelles se sont accrues dans un contexte économique européen défavorable. "Comme tous les acteurs européens sur le marché textile, TDV Industries a été durement impacté ces dernières années par l’augmentation généralisée des coûts de production (matières premières, énergie, transport) et l’essor de la concurrence asiatique", résume la direction. Tandis que les importateurs asiatiques chargent le marché de volumes à plus bas coûts, les fabricants du Vieux Continent doivent parvenir à sécuriser leurs marges sur marché européen mature.
15 millions investis en dix ans
Les actionnaires de TDV expliquent avoir tenté de préserver leur outil industriel. La PME annonce avoir "investi près de 15 millions d’euros depuis 2015, dont 7 millions ces trois dernières années" dans son outil et "réalisé de nombreux efforts pour faire évoluer sa production, améliorer sa compétitivité et ses performances commerciales".
Un second site performant
Le groupe textile Coisne et Lambert (700 salariés et 200 M€ de CA en 2022), dirigé par les descendants des familles historiques à la tête de TDV, a également tenté de combler le déficit structurel de l’usine lavalloise : ils y ont déployé des activités et des dividendes de Klopman International, autre société de fabrication de textiles techniques appartenant au groupe. Leader européen, l’usine italienne de 70 000 m2 dispose de volumes et des techniques (en polyester) suffisantes pour affronter la concurrence ; le site de 372 salariés a produit 33 millions de mètres de tissus en 2024.
Dix ans de pertes
Ces transferts financiers et d’activités ont ainsi donné de l’air à TDV Industries. Mais la logique de groupe a ses limites : "La société (TDV) qui réalise un chiffre d’affaires moyen de 30 millions d’euros (34 M€ en 2024) sur ses marchés historiques n’est jamais parvenue à générer un flux d’exploitation positif ces dix dernières années", justifie le groupe. Autrement dit, l’activité n’est plus rentable.
Le recyclage remisé
Cette situation a également pesé dans la décision de mettre en sommeil l’activité de Renaissance Textile, afin de ne pas continuer les investissements prévus dans l’outil. Le site de recyclage des fibres, situé près de Laval, essuyait également des pertes. Les associés TDV Industries (Mayenne), Mulliez-Flory (Anjou) et Les Tissages de Charlieu (Loire) avaient créé cette société conjointe en 2021.
Des pistes à l’étude
Ces dernières années, le groupe Coisne et Lambert a envisagé différents scenarii pour adapter TDV Industries à son marché. L’entreprise a redéployé de l’activité (croissance externe en 2016, masques Covid en 2020-2022), arrêté l’activité de filature trop exposée à la concurrence à bas prix pour réduire les pertes, tenté de diversifier le portefeuille clients ou d’optimiser les performances (via des stratégies d’achats, coûts, productivité) entre 2023 et 2024, liste le groupe. La conjoncture dans le textile technique a définitivement abîmé les limites structurelles de l’usine.
Le site de 24 000 m2 pourrait donc intéresser d’autres types d’industriels que des acteurs du textile, voire des activités logistiques. Plusieurs pistes sont à l’étude.