Jean-Claude Olivier, l'Abeille fabrique des boissons gazeuses pour les grandes surfaces. Quelle est, pour vous, la conséquence majeure de la taxe sur les sodas et les boissons avec édulcorants?
Nous fournissons 150millions de bouteilles par an aux enseignes de la grande distribution. Cette taxe va représenter près de 16millions d'euros par an sur un chiffre d'affaires de 50millions. Nous n'avons donc pas la possibilité de l'amortir. On va essayer de la répercuter à nos clients, les grandes surfaces. Cette année 2011 a déjà été très difficile en terme de négociations. On a dû batailler sur les prix avec des matières premières en augmentation, de 50% pour le sucre et de 30 à 40% pour l'emballage plastique. On n'a jamais connu ce type de coût de revient. La marge a été affectée et cette taxe sur les sodas c'est la goutte d'eau...
Quelle sera l'augmentation pour le consommateur?
En moyenne, une boisson gazeuse de marque distributeur (MDD) est vendue 60 centimes d'euros. Le prix devrait augmenter de 20%.
Craignez-vous des conséquences directes sur votre production?
C'est l'inconnu à ce jour. La taxe a pour objectif premier de réduire les volumes consommés pour lutter contre l'obésité. Les grandes marques internationales sont aussi concernées (NDLR: Coca fournira le plus lourd tribut puisqu'il représente 50% des sodas vendus en France). Comme on travaille à 80% pour les MDD
, on peut espérer que le consommateur se rabatte sur nos produits moins chers.
Votre rentabilité sera donc plus que jamais assujettie aux volumes, le nerf de la guerre.
Oui mais cette taxe affectera aussi notre trésorerie. Tous les mois, on versera 1,2million d'euros à l'État. Nos clients nous payant à 60 jours, il y aura un écart de 30 jours non négligeable.
En 2010, vous avez investi 12
M€ dans une chaîne de production. Cette taxe vous met-elle en danger?
Non. Nous avions bien entendu prévu des amortissements sur les années à venir. Cet investissement, en service depuis le début de l'année, devait accompagner la croissance annuelle de 8 à 10% enregistrée depuis 3-4 ans. Mais il va aussi nous permettre de faire face à l'évolution du marché. En effet, cette ligne nous permet aussi de produire des sodas très innovants. On est capable de sortir des produits plus qualitatifs dans des conditions aseptisées comme pour le lait ou les jus de fruits. On peut faire des boissons gazeuses sans conservateurs, sans additif avec 60% de jus au lieu de 2 à 15% traditionnellement. On a également sorti une gamme bio depuis 2-3 ans. Ce sont des réponses à la problématique de la marge: nous allons vers des produits innovants. 2011 a été une année compliquée, avec une croissance de 2 à 3% de nos ventes. La sous-traitance des marques internationales (10% de l'activité) a été moins importante. Mais on a des éléments solides, en terme d'outil de production et d'offre de boissons, sur lesquels on va s'appuyer pour rebondir.
L'Abeille
(Cholet) Directeur:Jean-Claude Olivier CA: 50M€ 130 salariés Contact: 02.41.62.09.52 www.l-abeille.fr