En mai prochain, Skaw mettra à l’eau son tout premier voilier de croisière à foils. Une étape clé pour cette jeune start-up lorientaise, créée en 2023 et qui pose ainsi le premier jalon d’une gamme appelée à se développer. Déjà vendu 2,3 millions d’euros à un premier client, ce prototype de 12 mètres valide l’intérêt du marché pour un positionnement technologique inédit.
Une entreprise structurée en trois pôles
"À l’origine, dans notre univers de la course au large, les navigateurs ont souvent une entreprise orientée vers la compétition ou vers la construction de bateaux. Nous, nous n’avons voulu faire qu’une seule entreprise qui rassemble tous ces aspects," explique Caroline Boule, cofondatrice de Skaw avec Benoit Mari, avec qui elle est en couple à la ville mais aussi en compétition en Classe Mini (des voiliers de moins de 6,50 mètres).
Ils ont organisé Skaw autour de trois branches complémentaires. La première regroupe l’activité compétition. Financée par le sponsoring, elle ne vise pas la rentabilité. "Quand on gagne des courses et qu’on est dans la presse, nos futurs clients voient qu’on a un bateau innovant", atteste Caroline Boule.
La deuxième branche, Lab, concentre la recherche et développement. C’est là que sont conçues les carènes à étrave ronde dite "Scow", les systèmes de foils et les innovations structurelles. "L’idée, c’est de développer des technologies sur un bateau de course avec de l’argent financé par des sponsors et ensuite l’appliquer à la croisière pour tous, en simplifiant vraiment", poursuit Caroline Boule. "
Enfin, il y a la partie vente de ces bateaux de plaisance dotés des avancées technologiques issues de l’expérience de la course au large.
Un monocoque à foils pensé pour la plaisance
Le premier modèle, le Skaw A, mesure 12 mètres de long pour 4,80 mètres de large. Il adopte une carène ronde. "Nous nous sommes rendu compte que les bateaux de forme Scow vont vraiment beaucoup plus vite, souligne encore la fondatrice. Cette architecture offre également davantage de volume, permettant un aménagement modulable avec deux cabines fixes et un grand espace transformable."
L’innovation majeure réside dans l’intégration de foils simplifiés. "Le foil se descend et se remonte comme une dérive. Il n’y a rien d’autre à régler", reprend Caroline Boule. Objectif : stabilité et accessibilité. Le bateau dispose aussi d’un pilote automatique issu de la course au large et optimisé pour la navigation à foil.
Une industrialisation progressive
Le prototype a été construit avec des chantiers normands pour les éléments composites, avant un assemblage final internalisé à Lorient. " On voulait être certain qu’il sortirait au niveau de qualité qui nous est propre dans la course", précise encore la navigatrice. À terme, Skaw prévoit d’externaliser la fabrication en série afin de se concentrer sur l’ingénierie, le design et la commercialisation.
Objectif : deux bateaux par an
L’entreprise emploie aujourd’hui six salariés et s’appuie sur une vingtaine de prestataires. Son chiffre d’affaires avoisinera les 2 millions d’euros pour le prochain exercice. L’ambition est de produire deux unités par an d’ici cinq ans et de lancer un second modèle de 9,50 mètres, plus compact et plus accessible. Pour l’instant, la société privilégie l’autofinancement.
En combinant compétition, laboratoire d’innovation et production de croisière, Skaw explore un modèle encore rare dans la filière nautique.