L’intelligence artificielle (IA) est en train de révolutionner l’économie et la société. Selon une étude publiée par Markets and Markets en mai dernier, le marché mondial de l’IA devrait afficher 36 % de croissance par an d’ici à 2030, son chiffre d’affaires devant passer de 215 millions à 1 339 milliards de dollars entre 2024 et 2030. À cette date, la contribution de l’IA à l’économie mondiale pourrait atteindre le chiffre astronomique de 15 000 milliards de dollars, selon le cabinet de conseil PWC.
Des freins à surmonter
En France, les perspectives de croissance sont tout aussi prometteuses, même si l’IA doit encore relever plusieurs défis sur le plan de l’éthique (fiabilité des données, protection de la vie privée), de l’impact sur l’emploi (60 % des emplois des économies avancées vont être impactés, selon le FMI), ainsi que sur le plan des compétences et formations. Responsable de l’explosion des émissions carbone de Google, l’IA pose aussi des questions en matière d’environnement. Elle nécessite en outre des investissements colossaux dans des datacenters, avec des questions de souveraineté numérique en toile de fond.
La plus grande révolution technologique depuis les années 1980
Plusieurs facteurs plaident en faveur de la croissance du marché de l’IA. L’augmentation des capacités de calcul et l’accès à des données massives permettent de développer des algorithmes de plus en plus performants. L’émergence de l’intelligence artificielle générative constitue même l’avancée technologique la plus importante depuis les années 1980 et l’invention de l’interface graphique, assure le fondateur de Microsoft Bill Gates.
Des milliards de dollars d’investissement
Cette révolution est alimentée à coups de milliards de dollars. Open AI (Chat GPT), Google (Gemini), Microsoft (Azure OpenAI), Amazon (AWS) et les autres entreprises américaines du numérique sont au-dessus du lot. Elles ont injecté 67 milliards de dollars dans l’IA en 2023, selon une étude de Stanford. Loin devant les pays européens (11 milliards) et la Chine (8 milliards).
En France, 600 start-up sont dans les starting-blocks, selon le ministère de l’Économie. En 2022, les jeunes pousses tricolores du secteur ont levé 3,2 milliards d’euros de capitaux, six fois plus qu’avant le Covid. Née en 2023, la start-up parisienne Mistral AI a réussi, à elle seule, à lever 1 milliard d’euros.
Les services et l’industrie impactés
Cette effervescence commence à bousculer beaucoup de métiers. Dans le monde, les services financiers, le secteur de l’information et de la communication et les professions dites intellectuelles sont les plus demandeurs de compétences en IA, assure une étude de PWC. Le cabinet a analysé pour cela près de 500 millions d’offres d’emploi dans 15 pays.
En France, le secteur qui demande le plus de compétences est toutefois l’industrie. L’IA permet ainsi d’optimiser les chaînes de production, comme chez la start-up angevine VoltR qui l’utilise pour recycler des batteries électriques. Elle permet aussi d’améliorer la maintenance prédictive ou de renforcer la sécurité des salariés, comme chez ArcelorMittal. "Une PME peut accroître de 10 à 30 % son taux de productivité en utilisant l’IA générative", assure Arnaud Cliquennois, dirigeant d’IA-Forward, une entreprise spécialisée dans la formation, le conseil et l’intégration dans le domaine de l’IA.
Une intégration de l’IA très limitée dans les PME
La révolution est en marche mais l’usage des IA génératives dans les TPE et PME est encore limité. Selon une enquête de Bpifrance Le Lab de mars 2024, seuls 3 % des dirigeants de TPE/PME en font un usage régulier et 12 % un usage occasionnel. En cause : le manque de connaissance du potentiel de ces outils et de ses applications concrètes pour les entreprises.
Pour aider les PME et les ETI à prendre à bras-le-corps cette nouvelle technologie, l’État a commencé en 2018 une stratégie nationale pour l’IA, qui se concrétise notamment pour cette typologie d’entreprises par le programme IA Booster piloté par Bpifrance. Objectif : accompagner 500 entreprises par an à se saisir des nouveaux outils de l’IA.