Seconde jeunesse pour Alpine Aluminium (disques et bandes aluminium). Après avoir connu une série de résultats négatifs entre 2006 et 2014, pour un chiffre d'affaires oscillant entre 35 et 50 millions d'euros, le déficit de la société s'était creusé à 1,5 million entre 2012 et 2014. Après une reprise il y a un an et demi sous forme de Scop, Alpine Aluminium vient de renouer avec la profitabilité, « avec un résultat au-dessus d'1 million d'euro pour son premier exercice et un chiffre d'affaires de 33,5 millions », annonce l'actuel P-dg, Grégoire Hamel, auparavant responsable commercial de l'activité "laqués".
De 125 salariés en 2014, la société est passée à 90 (alors que le plan de maintien en prévoyait 64). « L'entreprise a bouclé son premier exercice en remplissant ses objectifs avec de nouvelles conditions de rentabilité et de profitabilité », confirme Michel Rohart, directeur de l'Union régionale des SCOP de Rhône-Alpes qui a largement accompagné la transformation de l'entreprise. Pour confirmer son redressement, la société compte sur une aide gouvernementale à la réindustrialisation, qui pourrait lui apporter 500 000€ sous forme d'emprunt à taux zéro dans les trois mois à venir. L'objectif ? Remettre à niveau les principaux organes de l'usine, avec, entre autres, le changement intégral de l'automate pilotant la ligne de laquage (400 000 euros), la remise à niveau de certains laminoirs (1 million d'euros) ainsi que la rénovation de l'alimentation haute tension de l'usine (300 000 euros). « C'est Martine Pinville, la secrétaire d'Etat chargée du Commerce, qui nous a parlé de cette aide, destinée aux entreprises ayant 2 millions d'euros d'investissements à réaliser sur deux ans, avec la création de dix embauches. Cela nous permettrait d'être plus solides », détaille Grégoire Hamel. Les 1,5 millions d'euros restants seraient autofinancés par la Scop. « C'est une nouvelle étape qui commence avec des possibilités de développement importantes sur les marchés », estime Michel Rohart de l'Urscop.
Des marchés en croissance
Créée en 1765, l'usine avait connu plusieurs patrons, du groupe Péchiney (1977) à Alcan (2003), en passant par le groupe financier américain AIAC (2006), avant d'être placée en redressement judiciaire en décembre 2014, à la suite d'une escroquerie au faux donneur d'ordre de 1,4M€ et du retrait de son principal client, Tefal. Elle était pourtant assise sur un marché en essor, notamment dans les secteurs du bâtiment et de l'automobile. « L'ancienne direction avait tout misé sur l'augmentation des prix. A chaque hausse, des clients comme Tefal diminuaient la quantité commandée. Or, une entreprise a besoin de volume pour vivre », rapporte explique Michel Rohart. « L'une des premières évolutions a été d'instaurer un nouveau dialogue avec les clients pour repartir sur des prix de marché « normaux ». La société a également commencé à diversifier sa production de laqué, pour s'ouvrir à de nouvelles applications dans le domaine de la pharmacie, du bâtiment et de l'automobile. « Grâce à cette diversification de notre portefeuille, nous avons désormais 80 clients », résume Grégoire Hamel. Conséquence directe : pour 2017, Alpine Aluminium prévoit une croissance de 10 à 15 %, et un tonnage qui augmente. « Nous étions descendus à 7.000 tonnes en 2015 contre 12.000 en moyenne. L'objectif est de de 10.000 dès cette année ».
Une Scop dans l'industrie lourde
« C'était une vitrine et à la fois un challenge de convertir en Scop une entreprise de cette taille, dans une industrie en déconfiture et une activité nécessitant beaucoup de cash », se souvient Grégoire Hamel. Et pour cause : 4 à 5 millions d'euros sont nécessaires rien que pour constituer le stock d'aluminium. « Il existait d'autres Scop dans l'industrie lourde, qui ont une fonderie, mais la taille de notre projet était beaucoup plus importante », ajoute-t-il. Pour financer le projet, les salariés-associés ont apporté chacun deux à trois mois de salaire, abondés par des allègements de charge. L'un de leurs clients (non communiqué) a choisi d'investir, aux côtés d'une aide du Programme Investissement d'Avenir (PIA) et de fonds coopératifs. Au final, l'investissement total s'est élevé à 10 millions d'euros.
La refonte du pack social
L'un des gros défis a été la refonte des accords liés au pacte social. L'abandon du treizième mois s'est traduit sur le terrain par des semaines de 40h, pour le même niveau de salaire, avec neuf jours de RTT au lieu de 21. Une mesure qui a permis de restructurer les coûts et de baisser le seuil de rentabilité. « On est partis de l'héritage d'une entreprise de l'époque Péchiney et on a reconstruit avec eux une PME », ajoute Michel Rohart, qui rappelle que les effectifs de l'entreprise sont passés de 44 à 90 salariés en 18 mois. « Pour inverser la vapeur et repartir sur de nouvelles bases, il fallait demander un énième effort aux salariés, se souvient Grégoire Hamel. On ne pouvait le faire qu'en donnant du sens en contrepartie des sacrifices ».