Des micro-pousses de radis, de pois ou de bourrache, voilà l’or vert de La Pousseraie. L’entreprise fondée à Nice en 2020, a déjà dû déménager une première fois et se retrouve à nouveau à l’étroit, recherchant ainsi un site de production supplémentaire. "Nous pensions atteindre nos capacités maximales en trois ans et en fait, nous les avons atteintes au bout d’une année à peine", expliquent Blanche Duncombe et Juliette Willier, cofondatrices de la société avec le frère de cette dernière, Damien Willier.
En circuit court
Car si La Pousseraie adresse un marché de niche, le succès est là. L’entreprise emploie entre 10 et 15 personnes selon les saisons, et devrait atteindre d’ici fin 2024, un demi-million d’euros de chiffre d’affaires. "Nous devons quotidiennement refuser de nouveaux clients et nous avons même dû réduire notre gamme d’une douzaine à neuf variétés cet été pour satisfaire au mieux les demandes nos clients habituels. C’est un peu frustrant", regrettent les jeunes dirigeantes. "Et nous ne livrons qu’entre Monaco et Cannes !" Aussitôt ramassées les pousses sont apportées en cuisine. Ce que l’on appelle du circuit court.
120 chefs chaque semaine
Mais même sur le seul territoire azuréen, cela représente tout de même 120 chefs à fournir chaque semaine, soit près de 10 000 boîtes par mois, d’une capacité variant entre 5 et 30 grammes de ces minuscules végétaux qui finiront à la table des plus grands restaurants, du Carlton au Negresco.
Ultra nutritives, riches en antioxydants, minéraux et vitamines, elles sont aussi très goûteuses. D’où leur popularité grandissante dans la gastronomie. Sur la Côte d’Azur, les chefs "utilisaient déjà des micro-pousses, mais elles provenaient des Pays bas et elles n’ont pas notre secret de fabrication avec les petits poissons, précisent Blanche Duncombe et Juliette Willier. Nous apportons une fraîcheur et un goût intensifiés."
Avec l’aide des poissons
Car la germination des graines à la façon de La Pousseraie relève d’une véritable innovation, la start-up ayant opté pour l’aquaponie. "Ce que l’on propose est unique en France", assurent-elles. Contraction d’aquaculture et d’hydroponie, l’aquaponie est un système de production alimentaire durable qui unit la culture de plantes et l’élevage de poisons. Pas besoin d’engrais ou de produits chimiques, les poissons fournissent un engrais naturel par leurs déjections. Les plantes vont quant à elles filtrer l’eau pour que les poissons puissent continuer d’y nager. Un cercle on ne peut plus vertueux. "Cela peu paraître simple, mais demande une attention particulière et de la technicité. Une vraie polyvalence aussi. Comme cela n’existe pas en France, il faut tout créer et nous former nous-même, c’est un défi quotidien."
Toutes deux ingénieures agronomes, amies de longue date, Blanche Duncombe et Juliette Willier apprennent peu à peu à devenir entrepreneuses, grâce notamment au soutien de Réseau Entreprendre Côte d’Azur. Ainsi, la jeune pousse veut prendre son temps et avancer prudemment. Pas question par exemple de s’éparpiller et d’adresser le B to C. Seuls les professionnels de la restauration continueront à pouvoir profiter de ses étonnantes petites plantes. Du moins pour l'instant.