S’installer en quelques heures dans un appartement clef en mains, ultra-équipé, au design premium, avec des espaces de coworking, un restaurant et tout un écosystème de prestations et de loisirs dans des résidences de 8 000 à 15 000 m² : c’est ce que propose, visiblement avec un certain succès, la plateforme de coliving The Babel Community qui vient d’annoncer une spectaculaire levée de fonds de 41 millions d’euros.
Le familly office suisse Après-demain entre au capital
L’investisseur est suisse. Il s’agit de la société familiale Après-demain SA possédant notamment Debiopharm, un laboratoire de médicaments en oncologie et infections bactériennes. "Ce familly office diversifie ses placements dans l’immobilier. C’est la première fois que l’on ouvre le capital et nous restons majoritaires", confirme Benoît Jobert, cofondateur, en 2017, de l’entreprise marseillaise avec Matthieu Brugières. Une nouvelle aventure pour ces deux hommes qui, après avoir regardé le film à succès L’Auberge Espagnole, avaient lancé, en 2004, l’actuelle maison mère Axis, spécialisée dans la colocation pour étudiants à l’époque.
Trois nouvelles résidences à Bordeaux, Paris et Lille
Grâce à cet apport de liquidités, The Babel Community entend conforter et accélérer son développement. Cette structure comptait jusqu’à présent quatre résidences en France, deux à Marseille, une à Montpellier et à Grenoble. Elle en ouvrira trois nouvelles en 2025 à Bordeaux, près de Paris et de Lille où les locataires auront notamment droit à un terrain de squash. "Ce sera une grosse année puisque l’on va passer de 450 à 1 300 appartements", détaille le dirigeant. L’avenir pourrait être tout aussi dense. "Nous prévoyons d’atteindre les 15 résidences dans trois ans pour 3 000 logements", ajoute Benoit Jobert qui lorgne également du côté de l’Espagne, à Madrid sans que le projet soit, à ce stade, concrétisé.
À la fois exploitant et investisseur
L’entreprise dont la clientèle souvent jeune est principalement composée de nomades qui abordent une ville inconnue, d’entrepreneurs indépendants qui se lancent, ou de salariés devant se loger quelques mois, est en pleine croissance. En 2024, elle a réalisé 35 millions d’euros de chiffre d’affaires (contre une vingtaine en 2023). "Nous avons la particularité d’être à la fois exploitants et investisseurs en possédant nous-même les murs, parfois en association avec d’autres comme la Caisse des Dépôts, détaille le dirigeant. L’exploitant reverse des loyers à la société foncière et les deux cumulés font que nous sommes rentables."
Entre logement classique et hôtel
La clef de cet envol passe sans doute par une offre "très flexible", "calquée sur l’hôtellerie", qui rencontre son public avec des tarifs de location entre 650 et 1 700 euros, situant ces biens entre le logement traditionnel et l’hôtel ou l’Aparthotel. Pour se démarquer, The Babel Community assure proposer un cadre à part "conçu pour devenir des lieux de vie très animés". "Nous ne voulons pas être assimilés à des résidences étudiantes, dit le patron, nos appartements font plutôt 25 m² que 18 m². On est le Club Med pour vivre !".
Ce "Club Med", comprenant rooftops, piscines, terrains de sport et proposant aussi des événements pour "sa communauté", a séduit de grosses entreprises pour y loger leurs salariés. La société revendique avoir notamment de gros clients français comme la SNCF, Orange, le CEA ou encore Verkor qui, depuis Grenoble, travaille sur la construction d’une giga usine de batteries électriques à Dunkerque.
Taux de remplissage élevé
Alors que la crise du logement est très vive en France, The Babel Community est-elle une solution alternative pour les actifs en quête parfois désespérée d’un appartement ? L’entreprise a bien des locataires qui se sont installés "en résidence principale" mais la durée des séjours reste cependant de courte ou moyenne durée eu égard au montant des loyers. "Il est vrai que dans le contexte de tension locative, on arrive à remplir très vite à 93 % 94 % nos résidences", souligne le cofondateur.
280 millions d’euros investis dans l’immobilier
Du côté du bâti, la société, qui faisait plutôt dans la réhabilitation, à l’image du site marseillais implanté dans les anciennes Galeries Lafayette rue Saint-Ferréol, commence désormais à construire ses propres immeubles "en fonction des sites". Selon ses propres chiffres, elle aurait investi depuis ses débuts plus de 280 millions d’euros dans l’immobilier qu’elle veut "durable et écoresponsable" en obtenant, notamment, le rigoureux label environnemental "Breeam Very Good". Sa croissance se concrétise aussi en termes d’emplois "créés localement". Le nombre de personnels devrait ainsi grimper de 160 à 230 d’ici à la fin de l’année.