De mai à septembre, les parcs à huîtres verdissent et se couvrent d’entéromorphes, des algues vertes qui viennent obstruer les poches à huîtres et asphyxier les huîtres. À la même époque, les parcs à moules de bouchots supportent l’arrivée des sargasses, ces algues brunes mesurant jusqu’à trois mètres de long qui s’enroulent autour des élevages et empêchent le bon développement des bivalves. Mais c’est aussi une partie des plages du Calvados qui se retrouvent ensevelies de sargasses échouées qui pourrissent et créent des nuisances olfactives.
Trouver des solutions de potentielle valorisation
Devant ces phénomènes, le SMEL (Synergie mer et littoral) entité scientifique maritime du Conseil départemental de la Manche a été saisi pour effectuer des études sur ces phénomènes et trouver des solutions de potentielle valorisation. Financées par le Fonds européen pour les affaires maritimes et la pêche (Feamp) avec le soutien de la Région Normandie, les premières études ont débuté en 2014. Devant le potentiel de cette biomasse, deux autres études plus ciblées ont été effectuées récemment.
"Les résultats montrent qu’entre 15 000 et 20 000 tonnes d’algues sont exploitables entre les côtes du Calvados et celles de la Manche"
"Les résultats montrent qu’entre 15 000 et 20 000 tonnes d’algues sont exploitables entre les côtes du Calvados et celles de la Manche, explique Sébastien Pien, chargé de mission au SMEL. D’une part, car la sargasse présente des foyers de forte densité potentiellement exploitables. D’autre part, car elle contient des composés biochimiques, comme les alginates, les fucoïdanes, les laminaranes, le mannitol. Des composés phénoliques intéressants pour leurs propriétés gélifiantes, épaississantes, antioxydantes, antibactériennes et anti-inflammatoires."
En attente d’autorisation préfectorale
Concernant les études de valorisation, celles-ci ont ciblé le domaine du maraîchage. Il a été démontré que des extraits issus de ces algues peuvent servir d’engrais, mais aussi de fixateurs dans le cas de semis trop légers et emportés par le vent. Ceux-ci peuvent être alourdis et fixés au sol grâce aux propriétés de l’algue brune.
Pour valoriser les sargasses, il est souvent nécessaire de les récolter en mer pour en extraire leurs potentiels. "Jusqu’à présent, on a plutôt tenté de les transformer une fois ramassées à terre. Mais il faudrait les récolter sur l’estran à marée haute, depuis un bateau, poursuit Sébastien Pien. À ce jour, aucune autorisation préfectorale pour cette pratique n’a été délivrée". Pourtant les substances actives des sargasses fraîches sont bien supérieures à celles ramassées sur l’estran.
Des études en cours
Les entéromorphes ont aussi fait l’objet d’étude dès 2013. "La société Aleor des Côtes-d’Armor nous avait contactés pour connaître les possibilités de ramassage sur la côte ouest de la Manche", précise Sébastien Pien. "De cette réflexion est née une première étude en collaboration avec le Comité régional de la conchyliculture de Normandie." Entre 2014 et 2016, avec la participation de quatre ostréiculteurs, leur stock a été évalué, ce qui a débouché sur une possible création d’une activité complémentaire pour les conchyliculteurs. Il est possible d’extraire 1,5 kg d’algues par poche en pleine saison et de manipuler deux poches par minute.
En 2017, une seconde étude intitulée "Entéromorphes II" a permis d’observer une différence de croissance et de densité des algues selon le niveau bathymétrique. "En haut d’un estran, la concentration est plus importante, mais les algues sont aussi plus sensibles aux aléas climatiques et disparaissent plus rapidement dans l’année."