La moitié des dirigeants estime souffrir de l'isolement

La moitié des dirigeants estime souffrir de l'isolement

"Un patron sur deux reconnaît se sentir isolé." C'est l'une des conclusions de l'étude que Bpifrance Le Lab a menée auprès de 2.400 dirigeants. Le long des 133 pages de son rapport, le laboratoire dresse les causes de ce mal. Tout en esquissant des pistes de réflexion pour en sortir.

Il y a lui et les autres. Le dirigeant et les salariés. Au milieu, une frontière, vécue comme infranchissable. « Les collaborateurs peuvent tout se dire entre eux. Ils parlent entre eux de leurs problèmes. Moi, je ne peux pas tout leur dire… même si j’aimerais. » C’est l’un des 2.400 patrons de PME et ETI, interrogés par Bpifrance Le Lab, qui s’exprime. Ses mots simples incarnent ce sentiment de solitude. Ils lèvent un tabou dans une institution, par essence, collective : l’entreprise. Le laboratoire de Bpifrance, en collaboration avec l’universitaire Olivier Torrès, a publié début novembre une étude consacrée à la solitude du dirigeant d’entreprise.

« Un patron sur deux reconnaît se sentir isolé et les trois quarts pas assez entourés », note la Bpifrance. Se sentir isolé, « c’est être vulnérable, mis à l’écart, manquer d’appui, de soutien, de ressources ». Si les auteurs reconnaissent que la solitude est « inhérente » à la fonction de chef d’entreprise, le sentiment d’isolement ne l’est pas. Il révèle plutôt « une fragilité, un dysfonctionnement, un malaise dans l’entreprise », soulignent-ils en préambule.

« Le dirigeant se sent vulnérable »

Pour en expliquer les raisons, les patrons pointent le poids des responsabilités et du pouvoir dans un environnement incertain. « Le dirigeant se sent vulnérable, il a l’impression de porter trop de choses seul, de ne pas être suivi par ses équipes, de ne pas être compris des administrations… », décrit le laboratoire. Manque de reconnaissance sociale, difficulté à recruter, à trouver des relais dans l’entreprise sont autant de facteurs déclencheurs du sentiment d’isolement. Ces dirigeants de PME et ETI estiment ne pas exister socialement, « être absents de la scène publique, contrairement aux patrons du Cac 40 et aux dirigeants de start-up ».


Cette étude offre aussi quelques surprises. Et tord le cou à certains stéréotypes. Elle souligne ainsi que la taille de l’entreprise, le caractère créatif de l’activité, l’âge ou le sexe du dirigeant n’ont pas « d’influences significatives sur le sentiment d’isolement ». En revanche, « des résultats bénéficiaires, la mise en place d’un comité de direction, le partage de la direction » tendent à le réduire.

« La non-solitude est une quête ! »

Le travail du laboratoire de Bpifrance ne se contente pas d’identifier les symptômes de l’isolement, il esquisse aussi quelques remèdes. « Du côté des solutions proposées : la mise en œuvre d’un style de management participatif, une gouvernance ouverte et une stratégie collaborative sont des voies à privilégier à la fois pour améliorer la performance mais aussi pour réduire le sentiment de solitude du dirigeant », écrit dans l’étude de 133 pages Olivier Torrès, professeur à l’Université de Montpellier et à Montpellier Business School.

Évidemment, cette « quête » n’est pas la même selon les dirigeants, selon la taille de l’entreprise et son environnement. « Il n’y a pas une mais des solitudes du dirigeant », tempère la Bpifrance. Diagnostiquer les maux, c’est en déjà un premier pas vers la guérison. « La non-solitude est une quête ! »