« La loi Travail n'est pas réaliste »
# Conjoncture

« La loi Travail n'est pas réaliste »

Christophe Doré
Président UPA Normandie « Nous représentons 98 % des entreprises françaises. En Normandie, l'Artisanat c'est 60.000 entreprises, soit 40 % des entreprises régionales. L'Artisanat, c'est une économie réelle qui défend l'économie de proximité. Ce qui ne nous convient pas avec la loi El Khomri, c'est qu'elle donne une place prépondérante aux entreprises du CAC 40 avec la mise en place d'accords d'entreprises. Aujourd'hui, organiser un accord d'entreprise dans des petites structures comme les nôtres ce n'est pas réaliste ! Nous souhaitons conserver la prééminence des accords de branches car cela fonctionne très bien ! Et puis, nous n'avons pas été consultés pour cette loi. Au début, nous étions favorables à son adoption car elle devait amener à l'allégement du Code du travail et donner de la souplesse aux entreprises. Alors qu'à présent, cette loi remet des couches supplémentaires. Lorsqu'une petite entreprise doit procéder à un licenciement, c'est souvent une douleur et un coût élevé qui peut mettre à mal la bonne santé de la société. C'est une loi paradoxale : il y a 150.000 embauches qui attendent de trouver des candidats et des entreprises qui n'osent plus embaucher à cause des lourdeurs administratives et des risques financiers ». La loi Sapin II « L'uberisation est devenue un mot commun dans nos langages journaliers. Aujourd'hui, on demande à notre jeunesse d'aller jusqu'au Bac, et dans nos métiers on est en train de nous dire qu'il n'y a plus besoin de qualifications ! Cela induit des problématiques de sécurisation des consommateurs, ainsi que de nos collaborateurs. De plus, c'est une démarche de disqualification de nos métiers. C'est ubuesque ! Cette loi va favoriser la mise en place de micro-entreprises sans qualifications et qui vont faire une concurrence déloyale à des entreprises qui répondent à la loi et qui ont des charges. On a du mal à comprendre qu'on cherche à disqualifier nos entreprises professionnelles et à pousser les gens à s'installer sans qualifications et que dans le même temps on demande à nos artisans de développer l'apprentissage. À l'UPA, nous sommes fortement engagés pour la formation, avec en moyenne 125.000 apprentis en Normandie. Mais si demain un apprenti veut devenir chef d'entreprise et qu'il s'aperçoit qu'il devra des cotisations bien supérieures à la micro-entreprise, que pensera-t-il ? La micro-entreprise doit simplement être un tremplin, pas s'installer sur le long terme ».

Entretien S.C

# Conjoncture