Il incarne la quatrième génération aux commandes de l'entreprise familiale et, à ses côtés, son fils Steven de 24 ans assurera peut-être un jour la relève. Christian Jouno revendique fièrement le caractère familial de son activité de production de tomates. Il la considère même toujours comme artisanale. Or, depuis 1869, quelques changements notoires ont été opérés. Désormais établie sur 17 hectares de serres, sa production (hors sol) a bénéficié de nombreuses améliorations et de process industriels.
4.000 T et le prix de la qualité
Chaque année, Tomate Jouno produit quelque 4.000 tonnes de tomates. Pas énorme comparé aux géants organisés en coopératives, quand Jouno a souhaité conserver son indépendance, gage d'une qualité inégalée qui permet de défendre un « prix nécessaire » selon son dirigeant. « Nous revendiquons une liberté, dans le choix de la variété, la manière dont on la cultive et à qui on la vend, sourit l'entrepreneur. Mon père m'a surtout légué la qualité, le sens et l'exigence de la qualité, avec par exemple le calibrage manuel des tomates. Nous avons été les premiers en France à produire de la tomate en grappes. Un produit qui ne passe pas dans une calibreuse », ajoute-t-il revendiquant aussi une production 100 % sans insecticides. « Et nous sommes les seuls certifiés Certipaq sur ce critère : zéro insecticide chimique ! » À sa création en 1869 en plein centre de Rennes, rue de la Palestine, le maraîcher transféré à Chantepie en 1958 cultivait quatre légumes : melon, tomate, concombre et salade. Depuis 1979, Jouno s'est spécialisé dans l'unique tomate, « toujours à la recherche des meilleures variétés », parfois compliquées à cultiver. « C'est un travail d'artisan. Nous cherchons la difficulté pour se différencier », souligne l'indépendant qui lance en ce moment la Sweetberry, « gariguette de la tomate », et défend l'ultra-frais et la montée en gamme. Pari gagnant. La tomate a le vent en poupe, surtout en snacking. « Les usages et les variétés se sont multipliés. On vit une belle époque... », lance Christian Jouno qui vend depuis toujours à des spécialistes via les marché de gros (France et étranger), ainsi qu'à la grande distribution (Cora, Monoprix, Carrefour, U...) sous sa marque Les Gustatives ou aux marques distributeurs (MDD), mais aussi à Rungis et aux grossistes. Il exporte moins qu'avant, par exemple à des grands chefs en Asie, mais verrait d'un bon oeil la fin de l'embargo russe.
« Année favorable »
Son chiffre d'affaires de 22 millions d'euros est en croissance. « 2015 a été une année favorable à la profession », explique-t-il, discret sur sa rentabilité qui est aussi au rendez-vous. « Nous conservons un raisonnement d'agriculture et nous autofinançons tout ce que nous pouvons. » L'entreprise investit régulièrement dans son outil de travail. Ses 17 hectares de serres sous verre nécessitent un entretien et un renouvellement permanents. De même pour la maîtrise de l'énergie. Il y a 20 ans, Tomate Jouno a été le pionnier de la cogénération agricole en France. Depuis, de nouvelles unités performantes ont remplacé les premières et la surface de stockage conditionnement expédition a été portée en 2013 à 6.500 m².
Grandir et investir
Aujourd'hui à l'étroit, l'entreprise aimerait s'étendre géographiquement. « Grandir pour répondre aux demandes des clients », résume Christian Jouno, qui a également réussi le pari de produire ses tomates de la même qualité 365 jours par an, en Bretagne. « Nous avons su pérenniser ainsi l'emploi. » Actuellement, il veut encore muscler la production hivernale. « C'est le gros challenge des deux à trois années à venir : rééquilibrer la production hiver-été et améliorer encore l'outil de production. Nous travaillons en ce moment à réduire la pénibilité au travail. » Jouno vient ainsi d'investir 500.000 euros dans sa station de conditionnement.
Un premier robot
Son tout premier robot, hormis les convoyeurs, est arrivé dans l'atelier en 2015, pour dépalettiser et reprendre des caisses vides vers une laveuse. « Deux autres machines vont arriver cet été. » Il s'agit d'une convoyeuse et d'une machine pour monter de 8 à 10 palettes. Parallèlement, Jouno s'est lancé pour 2015/2016 dans le sponsoring sportif, soutenant le bateau de l'Arsep et la lutte contre la sclérose en plaques, 4e de la dernière Transat Jacques-Vabre. Cette année, il s'alignera au départ de la transat anglaise à Saint-Malo et de la Québec-Saint-Malo. « C'est nouveau pour nous, mais cela fait partie des valeurs que l'on veut partager. Les salariés en sont fiers, ils s'impliquent », témoigne Christian Jouno.