Quelle est la mission de CDC Entreprises et celle du jeune Fonds Stratégique d'Investissement?
CDC Entreprises dispose en moyenne de 400M€ par an pour investir. Né en novembre2008, le FSI s'est largement substitué à la Caisse des Dépôts comme apporteur de fonds, à hauteur de 350M€, dans le cadre du dispositif France Investissement. Avec cet argent, nous investissons soit dans des fonds d'investissement (170 sont nos partenaires en France), soit directement dans des entreprises comme récemment Led to Lite. Restent donc 50M€ que CDC Entreprises investit pour le compte de la Caisse des Dépôts dans des opérations qui n'entrent pas dans le champ d'intervention du FSI. Nous avons ainsi, il y a peu, pris à ce titre une participation en direct dans Lafuma. Au-delà des actions menées via CDC Entreprises sur les PME non cotées, le FSI a pour mission de répondre à des besoins structurels en fonds propres d'entreprises françaises porteuses de projets de croissance.
Quels sont donc les objectifs du FSI?
Il y a deux principaux objectifs. Le premier est de faciliter le développement d'entreprises de toutes tailles, à condition qu'elles aient un potentiel de croissance, ce qui était déjà l'une des missions de CDC Entreprises. Le deuxième est de renforcer l'ancrage actionnarial français de sociétés dont le tour de table s'est internationalisé pour que derrière, les centres de décisions, les usines et les emplois restent en France. Attention, ce n'est pas du nationalisme économique mais l'idée est simplement d'avoir un outil qui permette d'envisager un actionnariat de long terme.
Ce dispositif d'investissement français est-il suffisant face à des fonds étrangers nettement plus puissants? Le 15juillet dernier, les apports de l'État et de la Caisse des Dépôts à sa filiale qu'est le FSI ont été faits. Le fonds a été doté de 14Md€ sous forme de titres financiers et de 6Md€ de liquidités, disponibles immédiatement. En 6 mois, le FSI a investi 550M€, avec un objectif de 2 à 2,5Md€ sur un an. C'est une force de frappe tout à fait significative.
Mais face à des États très déterminés, est-ce assez?
C'est vrai, certains fonds souverains sont encore plus puissants. Notre objectif est de nouer avec eux des partenariats qui nous permettent de les intéresser à l'avenir de l'économie française. Ils peuvent co-investir avec nous dans certaines entreprises françaises qui ont besoin de financer leur développement. L'ancrage national de l'actionnariat ne nous fait pas oublier qu'il y a de l'argent ailleurs. La condition, c'est le long terme.
Est-ce vraiment justement le souhait de ces fonds?
La Caisse des Dépôts a récemment participé à la création d'un club des investisseurs de long terme. Cette notion est un critère essentiel pour nous car une partie des excès de la planète financière est liée à la recherche de rendements élevés à court terme. La Caisse des Dépôts et le FSI veulent être des investisseurs avisés, à la recherche d'une rentabilité qui soit soutenable économiquement sur le moyen terme pour l'entreprise.
Comment a évolué votre activité depuis septembre2008 et l'enrayement du système financier mondial?
En matière de financement en fonds propres des entreprises, il y a indiscutablement une dimension contra-cyclique. Pour beaucoup, il peut y avoir un intérêt à renforcer leurs fonds propres pour saisir les opportunités de rachat d'entités aux actifs décotés qui se manifestent en temps de crise. Autre élément de réponse: certaines entreprises viennent nous voir pour renforcer leur structure financière, ce qui est une exigence des banques auprès desquelles elles veulent obtenir des financements. Mais avec des valeurs d'actifs décotées, le moment n'est pas le plus opportun pour ouvrir son capital. Enfin, les levées de fonds par les équipes de gestion sont très difficiles actuellement. CDC Entreprises est là pour donner le signal positif, l'impulsion qui peut débloquer les dossiers. Son effet de levier sur les investisseurs privés est indispensable.
Peut-on dire que la Caisse des Dépôts prend plus de risques que les fonds ou autres organismes financiers?
Oui, car la vision à long terme que nous avons de notre engagement donne plus de temps au chef d'entreprise. Ensuite parce que CDC Entreprises intervient sur des secteurs plus risqués, peu couverts par les investisseurs privés. Elle a par exemple toujours financé les fonds propres ?early stage?, très en amont des processus de création d'entreprise, lorsqu'elle dépense plus d'argent qu'elle n'en gagne. Nous finançons 35% des fonds d'amorçage et 20% de capital risque français.
Sans oublier votre projet de fonds de consolidation des fonds propres des entreprises...
Ce fonds, que l'on met sur pied en liaison avec la médiation du crédit, découle des constatations que l'on a pu faire de la santé des entreprises. Pragmatique, il aura pour objet de financer en fonds propres des entreprises dont la situation bilantielle est dégradée du fait de la conjoncture mais dotées d'un potentiel de croissance certain. Le FSI s'est déclaré prêt à y souscrire pour un tiers, soit 100M€, le reste étant financé par les banques et autres établissements financiers ou compagnies d'assurances. Il devrait être opérationnel fin septembre.
Quand vous investissez, quels sont vos critères d'intervention et qu'est-ce qui va vous séduire dans une entreprise?
Le FSI, tout comme CDC Entreprises, intervient dans tous les secteurs d'activité, à l'exception de l'immobilier, trop cyclique et des services financiers, déjà soutenus par l'État. Ce qui compte, c'est avant tout la rencontre entre un homme et un projet. Si ce dernier est bon, mais que l'on sent son initiateur un peu seul, on va le conseiller de s'entourer de collaborateurs, tout en l'avertissant: l'ouverture du capital est un acte rare et éminent dans la vie d'une entreprise. L'innovation et l'export sont des gages de forte croissance. Avec le développement durable, ces thèmes constituent d'ailleurs le fil rouge du dispositif France Investissement.
Président de CDC Entreprises et membre du comité exécutif du Fonds Stratégique d'Investissement, toutes deux filiales de la Caisse des Dépôts, Jérôme Gallot représente le bras financier de l'État dans sa dimension de soutien aux entreprises tricolores. Une mission placée sous les feux de la rampe depuis le début de la crise et l'apparition au grand jour de l'un des maux les plus caractéristiques des entreprises françaises: leur insuffisance de fonds propres et donc leur vulnérabilité face à des investisseurs pour lesquels le long terme -et donc la stabilité- n'est pas forcément la priorité.