Près de Laval, dans le parc d'activités des Grands Prés à Changé, System B est une belle aventure. Et les trois associés fondateurs la vivent en famille. Tout commence lorsque Bertrand Beucher, issu des métiers de la boucherie, explique à son neveu Jérémy qu’il n’existe pas d’instrument pour faire des saucisses en grande quantité, de manière artisanale. Nous sommes en 2010. Et depuis qu’il est tout jeune, l’ingénieur de 24 ans a une passion pour le bricolage, l’expérimentation, les inventions. Il en a d’ailleurs fait son métier, dans la R & D pour la chirurgie cardiaque d’abord, puis dans le nautisme. Bientôt accompagné du fils de Bertrand, Charly, c’est dans le sous-sol de la maison qu’ils vont faire éclore une belle PME.
Un produit qui résonnait avec les besoins du marché
"Nous avons mis au point une machine à saucisses pour une clientèle ciblée, entre les petits artisans et les industriels. Comme il n’existait pas d’appareil pour à la fois enfiler la viande dans les boyaux, proportionner, tourner et couper, nous avons répondu à un besoin et cela a tout de suite marché. Charly, qui sortait de son école de commerce, a sillonné la France pour présenter le produit. Sa C3 a pris cher…", en sourit encore Jérémy Beucher, président de System B.
L’ingénieur et le commercial enchaînent depuis les succès. "Nous visons les 10 millions d’euros de chiffre d’affaires sur l’année 2025, annonce Jérémy Beucher. Nous avons quatre recrutements en cours. Et nous pensons pouvoir atteindre les 35 personnes dans l’entreprise en 2026."
Des associés au même rythme sur l’entrepreneuriat
Créée en avril 2015, la société possède des brevets mais aussi ses propres murs, déjà repoussés en 2021. Au diapason, les trois associés (l’oncle n’est pas dans l’opérationnel) ont continué d’inventer : des systèmes de confection de brochettes, de petits hamburgers, de cordons-bleus et toute une gamme pour mettre en relief des mets à base de viande pour les traiteurs par exemple.
"Diriger une entreprise ne devait pas signifier nous prendre tout notre temps libre"
"Nous avons tous les trois le même goût pour mener des projets, entreprendre toujours", glisse Jérémy Beucher. System B fournit aussi les boyaux pour les saucisses et les épices et marinades, la panure, etc. pour les viandes. Des produits qui se vendent d’ailleurs au-delà de leurs ambitions. Et si 80 % de l’activité de l’entreprise est réalisée en France, la demande émerge jusqu’en Irlande et au Canada… De quoi occuper de jeunes chefs d’entreprise.
Faire des pauses essentielles
Mais lorsqu’ils se sont lancés à leur compte, Jérémy et Charly Beucher ont d’emblée mis un cadre : "Diriger une entreprise ne devait pas signifier nous prendre tout notre temps libre. Nous voulions toujours pouvoir voyager et faire de la musique", explique Jérémy Beucher.
Un "steel band" de 120 musiciens aux Caraïbes
Au mois de mars 2025, les deux dirigeants ont cultivé leurs deux passions simultanément. Ils sont partis trois semaines dans les Caraïbes — pour la troisième fois chacun. "Nous avons participé à un concours de steel drum à Trinidad" (Trinité-et-Tobago, NDLR), raconte Jérémy. Le steel drum, dont jouent les deux cousins, est l’instrument typique de ces îles situées face au Venezuela, une percussion en forme de tambour métallique incurvé sur lequel les musiciens font danser leurs baguettes comme sur un xylophone. "Nous sommes arrivés sur la deuxième marche du podium, reprend-il. Nous avons joué dans un steel band de 120 personnes, où nous étions six Français, deux Américains et deux Anglais. Les autres musiciens étaient tous trinidadiens."
Continuer à jouer en famille
La musique est une affaire de famille chez les Beucher. "Nous étions déjà tous, mon père, mon oncle, mon cousin… dans la batterie fanfare de Louverné (commune voisine, NDLR), avec tout l’esprit qu’il y a derrière : la bonne entente, l’écoute, le partage, etc." retrace Jérémy Beucher. "Mais j’étais percussionniste au conservatoire à Laval, et je voulais jouer un autre style, poursuit-il. C’est Bertrand qui m’a fait découvrir le steel drum, par le biais de quelques musiciens qui en jouaient en France. Et cela a été comme un coup de foudre. À 18 ans, je suis parti avec mon sac à dos pour Trinidad afin de comprendre comment était fait et surtout comment était joué cet instrument. Depuis, cela ne m’a plus quitté."
L’écoute et la transmission
En 2000, à 14 ans déjà, il a monté son association pour recruter autour de Laval et créer un steel band, avec une cousine, puis Charly, de sept ans son cadet. "Les Allumés du Bidon" comptent aujourd’hui 35 musiciens expérimentés. "Mais nous sommes environ 80 dans l’association. Parce que nous avons créé deux autres niveaux, un intermédiaire et un débutant, précise Jérémy Beucher. La transmission était aussi le but de ce voyage aux Caraïbes : passer la main à des membres plus jeunes, venus avec nous, pour qu’ils gèrent l’association et forment à leur tour les nouveaux musiciens."
Association ou entreprise, même son de cloche
De son propre aveu, Jérémy Beucher explique que jouer dans un ensemble musical les a aidés, son cousin et lui, à piloter leur entreprise. Ils ont beaucoup appris sur la gestion de groupe, le suivi d’une partition commune, l’adaptation… Idem pour la structure : "En fait, nous ne voyons pas trop de différence entre gérer une association et une entreprise. Nous sommes très proches de nos équipes à System B, et nous avançons avec beaucoup de concertation et de bienveillance", explique le président. C’est aussi cette approche du management qui a facilité l’absence des dirigeants pendant trois semaines lors du concours de musique…