Quand, derrière ses lunettes, Jean-Yves Courtois, P-dg du groupe spécialisé dans les applications de positionnement, de navigation et de timing Orolia part dans des démonstrations de stratégie d'entreprise à grands coups de schémas sur son paper board, on sent qu'il n'y a pas qu'un gestionnaire derrière le marqueur.
P-dg de Temex à 36 ans
C'est que le dirigeant, qui enregistre une croissance à deux chiffres de son CA grâce à une politique de développement externe, n'est pas un manager made in ESC. Thésard en physique quantique, fils d'un fonctionnaire et d'une femme au foyer, Jean-Yves Courtois n'était pas prédestiné à devenir le dirigeant d'un groupe employant 300 personnes. Mais «même enfant, j'ai toujours cultivé ma différence», se souvient l'Azuréen d'adoption, qui ne rentrait pas dans le moule du parfait fonctionnaire. «L'administration est trop bureaucratique, il m'aurait fallu des années pour accéder à certaines fonctions», explique celui qui est devenu P-dg de Temex à 36 ans. «J'ai pris la pilule rouge, comme dans Matrix», se souvient le dirigeant, qui ne savait pas dans quoi il s'embarquait. Le trentenaire va être amené à restructurer l'entreprise, la mettre en procédure de sauvegarde et orchestrer un plan social qui entraînera une centaine de licenciements. Jean-Yves Courtois a opéré la scission de Temex en deux SAS: Temex, spécialisé dans les télécoms et les activités militaires et spatiales, et Orolia, orienté sur l'équipement des systèmes temps fréquence.
Sept plans sociaux
À plus de 40 ans, le gérant a mené sept plans sociaux. Aucune de ces mesures ne l'a conduit aux Prud'hommes. Notamment car il s'applique une règle: «faire ce que l'on peut pour l'intérêt général, voir l'entreprise dans son ensemble, pas individu par individu». Explications, «si vous n'agissez pas, toute la PME meurt. C'est comme un membre gangrené que l'on coupe pour sauver un organisme».
«Ouvert et pertinent»
Pour Guy Perrot, qui a pris la suite de Jean-Yves Courtois à la tête de Temex, «les plans sociaux ne sont pas sa tasse de thé». «Il a quitté l'entreprise dans des conditions délicates, un peu malmené par ses troupes», se souvient celui qui décrit son prédécesseur comme «un homme très ouvert et pertinent». Certains reprochent à Jean-Yves Courtois d'avoir cédé à l'ancien directeur des opérations de Valeo une SAS bancale, Temex, alors qu'il partait avec sous le bras sa soeur prometteuse, Orolia. «Des mauvaises langues, pour Guy Perrot, il ne l'a pas fait pour ça, mais a géré magistralement la croissance d'Orolia.»
Croissance à deux chiffres
Il est vrai que le scientifique devenu dirigeant, qui aime l'esprit d'entreprise et encourage les entrepreneurs via Entreprendre Paca (lire itv) assure le développement de la sienne. Sa politique de croissance externe l'a par exemple amené à acquérir Kannad en septembre, et le spécialiste des solutions d'identification d'animaux et des systèmes de positionnement d'urgence McMurdo (Portsmouth, 60 personnes). Son groupe enregistre un CA2009 de 31,1M€, en croissance de 10,3%. Une bonne santé financière que le dirigeant apprécie, notamment parce qu'il a vu l'autre côté du miroir. «Je profite d'autant plus que je connais le prix de bons résultats et leur caractère atypique», note le dirigeant. «Quand ça commence à aller mal, j'ai le courage d'agir tout de suite même si c'est amer, poursuit-il, ce n'est pas de la dureté mais du pragmatisme.»
P-dg d'Orolia et président de la section Côte d'Azur du Réseau Entreprendre Paca, Jean-Yves Courtois mène un groupe à la croissance solide. Bonne santé qu'il apprécie d'autant plus qu'il a vu l'autre côté du miroir après avoir mené sept plans sociaux.
Lucie Lautrédou