Des anecdotes de négociations de contrats avec des Japonais aux astuces pour réduire la facture énergétique... Pour Jean-Pierre Gillet, directeur des sites Schneider Electric de la région grenobloise, il n'existe pas de «petits» sujets ni de «petites» fonctions. Le tout est d'avoir une démarche pragmatique, d'être ouvert à toutes les bonnes idées et de bien communiquer.
De la pugnacité
À 60 ans, Jean-Pierre Gillet travaille chez Schneider Electric depuis 40ans! Une carrière exemplaire d'agent technique qui, à force de cours du soir, est devenu ingénieur jusqu'à occuper de hautes fonctions dans le groupe. Issu d'un milieu modeste, il a sans doute fait preuve de pugnacité. Originaire de Haute-Saône, il vient «de la cambrousse, une famille de six enfants, d'un village à l'orée de la montagne!» Il lui arrivait d'aller au collège à vélo sous la neige... Mais, loin de lui l'idée de faire pleurer dans les chaumières. Au contraire, le directeur raconte cela, le sourire en coin. Pour lui l'important, c'est de savoir où on veut aller et de faire ce que l'on a envie. Quitte à ne pas pouvoir toujours tout concilier, il en convient. Son évolution lui a permis d'occuper diverses fonctions dans le groupe: technicien, chargé d'affaires, responsable achats, qualité, ou encore des services généraux... «Je me suis toujours éclaté dans mon boulot», assure-t-il. Jean-Pierre Gillet a, en effet, relevé bien des challenges. À commencer par tant de contrats remportés lorsqu'il était chargé d'affaires. Il a appréhendé différentes cultures. «Je me souviens d'une négociation très ardue avec une société japonaise, explique-t-il. Nous étions presque à la rupture du contrat, tant les discussions étaient tendues. Et, à la fin de la journée, mon homologue me demande tranquillement "où allons-nous dîner?" J'étais abasourdi! Mais pour un Japonais, le salarié est distinct de l'individu. Pas facile à comprendre pour un Français!»
Un redressement réussi
Il fait encore preuve de pragmatisme quand, en 1993, il mène une opération de reingeniering total en tant que directeur d'un département d'affaires. En six ans, il double quasiment le chiffre d'affaires et renoue avec des résultats positifs. Un redressement réussi qui a été opéré en associant les salariés. «Il faut arriver à créer les conditions pour que les gens viennent travailler avec plaisir: la considération conduit à l'efficacité. Néanmoins, certains ont dû changer de métier. Ça ne se fait pas toujours dans l'enthousiasme, car le changement, c'est difficile. Ce qui est plaisant, c'est de revoir des personnes que vous avez un peu forcées et qui vous disent ne pas vouloir revenir en arrière.»
Tisser des liens en local
En 1999, il quitte ainsi un département en bonne santé pour un poste au siège, à Rueil-Malmaison en région parisienne, à la direction des services du groupe. Il n'y reste que quatre mois car la bulle internet apporte son lot de nouveaux besoins. «Les investissements explosaient, raconte-t-il. Il y avait une suractivité au niveau des data centers. D'où l'idée de créer une activité sur l'Europe dont j'ai pris la direction en 2000.» Un poste basé à Londres avec des déplacements dans tous les autres pays européens. Jean-Pierre Gillet préfère revenir tous les week-ends à Grenoble plutôt que de faire déménager sa famille. Deux ans plus tard, il répond présent pour prendre en charge la cession de l'activité nucléaire à Data systems & solutions. En véritable cheville ouvrière, il en suit tous les aspects: juridiques, financiers, humains, informatiques, pratiques... Un poste très complet qu'il occupe pendant environ dix mois avant d'être nommé, en 2004, directeur des sites Schneider Electric de la région grenobloise, regroupant 5.150 salariés répartis sur plusieurs sites, dont ceux de Grenoble, Meylan, Varces... Soit le plus gros bassin d'emploi du groupe. Outre la gestion et l'intendance des sites, Jean-Pierre Gillet a pour mission de tisser des liens dans le bassin grenoblois. Cinq ans plus tard, le pari semble réussi puisqu'il est au comité exécutif du Medef, à l'Udimec, président de la commission industrie de la Chambre de commerce et d'industrie, vice-président de la caisse de retraite IRSEA... «Il en va de la responsabilité sociétale de Schneider Electric, assure Jean-Pierre Gillet. Mais nous voulons aussi rester discrets». Dans l'entreprise comme à l'extérieur, Jean-Pierre Gillet est très impliqué. À tel point qu'il ne sent pas concerné par la retraite.
En 40 ans, Jean-Pierre Gillet a gravi bien des échelons au sein du groupe Schneider Electric avant d'être nommé à la direction des sites de Grenoble. Il a géré avec pragmatisme une carrière exemplaire.
Vanessa Genin