Jean-Pierre Chalus : Un réformiste sur les quais

Jean-Pierre Chalus : Un réformiste sur les quais

Jean-Pierre Chalus vient de débarquer à la tête du port de Nantes Saint-Nazaire. Après s'être imprégné des particularismes du quatrième port français, le quadragénaire a pour objectif d'y mener à bien la réforme portuaire. Tout sauf une sinécure. Simon Janvier

Nommé par décret en février dernier à la présidence du directoire du Grand port maritime de Nantes Saint-Nazaire, Jean-Pierre Chalus n'a pas mis longtemps pour prendre la mesure du chantier qui l'attendait. À peine arrivé dans son nouveau bureau des Salorges, qu'il doit gérer son premier conflit social sur les quais nanto-nazairiens. La CGT déclenche alors un mouvement de grève de quatre jours sur la question des modalités de détachement des personnels vers les opérateurs privés, prévu dans le cadre de la réforme des ports. Point d'orgue de ce énième conflit social, l'ordre de réquisition préfectoral permettant in extremis le déblocage de la forme Joubert et la livraison du dernier paquebot construit par STX.




Des personnels réactifs

Jean-Pierre Chalus n'aura pas eu besoin d'audit pour constater l'état des forces en présence sur le quatrième port français, à la pointe en matière de mouvements sociaux depuis 2008. Une réalité qu'il a pu observer ces deux dernières années depuis son poste de directeur général du port de LaRochelle, mais à laquelle il est désormais directement confronté. «C'est vrai qu'à Nantes, on a affaire à des personnels réactifs. Ca vaut Marseille», sourit Jean-Pierre Chalus. Pour déminer les conflits, il n'affiche pas de recette miracle mais une certitude: «Il n'y a pas besoin de grève pour parvenir à un accord». Un discours déjà entendu sur les docks nantais mais auquel il souhaite, enfin diront certains opérateurs privés, donner une réalité. Depuis sa prise de fonction mouvementée, le dialogue a repris. Surtout, il n'y a pas de défiance à son égard de la part de la CGT. «Avant son arrivée à Nantes, j'ai côtoyé Jean-Pierre Chalus dans le cadre de négociations nationales. Il est très accessible et il y a moyen de discuter avec lui. Maintenant, le problème pour lui, c'est que l'État souhaite voir se développer les ports duHavre et de Marseille alors que Nantes n'est pas une priorité», estime Yves Tual, l'emblématique secrétaire de la CGT du port. La négociation et la gestion des conflits, Jean-Pierre Chalus connaît déjà. Avant la direction des ports rochelais et nanto-nazairien, cet ingénieur en chef des Ponts et Chaussées a exercé de nombreuses responsabilités au sein de plusieurs directions départementales d'équipement. Et à la tête de la Direction interdépartementale des routes du Massif Central, il a dû s'atteler à mettre en place une nouvelle organisation du travail malgré de nombreuses réticences syndicales.




Ancien nazairien

Son passage du secteur routier au monde portuaire, Jean-Pierre Chalus le met sur le compte d'un «hasard dirigé» et des recommandations d'un ancien, et toujours, copain de l'École nationale des travaux publics. Quant à sa nomination à la présidence du directoire du Grand port maritime de Nantes Sain-Nazaire, il la prend comme une marque de confiance. Une nomination paradoxalement en forme de retour aux sources pour cet Auvergnat d'origine et Lorientais de naissance. Dans le sillage d'un père ingénieur aux ex-Chantiers de l'Atlantique, il a vécu enfant deux ans à Saint-Nazaire puis effectué une rentrée l'ENSM, devenue Centrale Nantes, avant finalement d'opter pour les travaux publics.




Particularismes portuaires de l'estuaire de la Loire

Hormis une courte parenthèse aux Autoroutes du Sud de la France, Jean-Pierre Chalus a effectué son début de carrière dans le secteur public. Un choix assumé. «Pas grand-chose finalement ne sépare public et privé, à part les clichés», assène celui à qui on a fait un milliard de fois les mêmes blagues sur les agents de la DDE. Entre la grogne sociale, la fronde des collectivités locales à l'égard de l'institution portuaire et le peu d'empressement de certains opérateurs privés à reprendre les personnels d'exploitation du port, Jean-Pierre Chalus s'est déjà familiarisé avec les particularismes de l'estuaire de la Loire. Il est maintenant tourné vers son premier objectif: la réussite de la réforme portuaire à Nantes Saint-Nazaire. Sacré défi!