Jean-Pierre Bertrand : La revanche de l'ex-métallo

Jean-Pierre Bertrand : La revanche de l'ex-métallo

Jean-Pierre Bertrand, 3 prénoms pour un nom: celui de l'une des figures phares du conflit de Metaleurop. L'ancien agent de maîtrise a dit non au chômage et est devenu chef d'entreprise. Malgré la liquidation d'une de ses sociétés, il trace son chemin de dirigeant.

La vie est faite de clins d'oeil. Ceux de Jean-Pierre Bertrand sont multiples. L'ancien agent de maîtrise de Metaleurop et l'une des figures du conflit est devenu dirigeant. À la tête d'une société de dépollution industrielle, il a su rebondir et entreprendre sur le site de son ancienne usine.




«Fais ta carrière ici, tu ne seras jamais chômeur»

Aujourd'hui, l'expérience n'est pas sans méandres et pose question à ce patron pas comme les autres. Toutefois, il a la satisfaction d'avoir contribué à faire revivre ce site et d'avoir créé des emplois. À l'heure des interrogations, Jean-Pierre Bertrand se plonge quelques années en arrière. «Fais ta carrière ici, chez MetalEurop, tu ne seras jamais chômeur!» A 55 ans, Jean-Pierre Bertrand n'entend plus d'une même oreille ce conseil distillé par son père, en 1975. Il intègre alors la plus grosse fonderie d'Europe qui connaît son âge d'or à Noyelles-Godault.




Le 14janvier 2003

L'homme a gardé de son passé dans la métallurgie, un franc-parler et une liberté de parole. Pas de costume cravate mais un jean et un pull. Il a la fierté de s'être construit lui-même. «Mon grand père, mon père, mes frères et soeurs, mes tantes et mon garçon ont travaillé chez Metaleurop. J'ai commencé avec un balai, confie-t-il amusé. Jean-Pierre Bertrand suit des formations, franchit les échelons et devient agent de maîtrise. Le 14janvier 2003, il apprend par France 3 la fermeture de l'usine. Un choc. 803 emplois sacrifiés dans une région où le chômage flambe. Le site est occupé, la mobilisation forte et les esprits échauffés. Les médias suivent cette poudrière sociale. Un réalisateur, s'installe durant 9 mois chez les Bertrand. «C'était le 7e enfant de la famille.»




Salariés hier patrons aujourd'hui

En mai2003, cet homme au visage forgé par une vie de travail, entreprend de dépolluer le site avec une poignée d'autres salariés. «Nous avions un savoir-faire et on pouvait créer quelque chose ici.» La Scop Activ Coeur environnement (A-C.E) voit le jour en septembre. Il en est le gérant. Jusqu'en 2006, les actionnaires travaillent en synergie avec le groupe SITA, nouveau propriétaire des lieux. À son actif figurent plusieurs chantiers comme les eaux usées de Paris ou le site de Benalu à Hénin-Beaumont.




A-C.E en liquidation

Composée de trois associés, l'entreprise compte jusqu'à quatre salariés et intervient sur de gros chantiers en France. Elle a aussi eu des petits frères et petites soeurs: une laverie de vêtements de travail a vu le jour en 2004, la chaudronnerie de Boulogne-sur-Mer a été rachetée en 2006. En 2007, des parts ont été prises dans une entreprise de broyage de cartes informatiques située à Tourcoing. Cette activité se fait en partenariat avec le groupe breton Le Floch Dépollution. La revanche est donc belle? Oui et non. Pour A-C.E contrairement aux autres sociétés de la holding, la période est tourmentée: la SCOP est en liquidation «Nous avions des chantiers mais les délais de règlement étaient longs. La liquidation est un moment difficile. Seul point positif: mes salariés ont tous des propositions d'emploi.» Malgré les turpitudes, la volonté de Jean-Pierre Bertrand reste inoxydable.