Jean-Marc Silva : L'âme de nos montagnes

Jean-Marc Silva : L'âme de nos montagnes

Jean-Marc Silva vient de prendre la direction de France montagnes, la toute nouvelle association de promotion des massifs. Ce Grenoblois ?exilé? en Savoie ne cache pas son amour de la montagne et souhaite donner une âme à ces lieux. Anne-Gaëlle Metzger

«J'ai eu la chance de rencontrer l'alpiniste Gaston Rebuffat à Grenoble. À l'issue de cette entrevue, j'ai su que mon destin était là-haut.» Tout au long de sa carrière professionnelle, Jean-Marc Silva a donc gravi des montagnes, pour finalement devenir le directeur de France montagnes, la structure de promotion des massifs en France et à l'étranger. Mais ce fils d'ouvrier a dû se battre pour assouvir sa passion. «J'ai passé les 25 premières années de ma vie à Grenoble. Quand j'ai obtenu mon bac de fabrication mécanique au lycée Vaucanson à 19 ans, mes parents étaient malades. Je suis devenu le soutien de famille et j'ai dû commencer à travailler. Le choix du technique était d'ailleurs un choix alimentaire: j'étais sûr de trouver un emploi derrière.» Effectivement, il est immédiatement embauché chez Pomagalski, puis chez Neyrpic.




La rage de vaincre

En parallèle, il a «compris qu'il valait mieux avoir des diplômes» et suit des cours du soir. «J'ai obtenu un BTS de fabrication mécanique, nous étions quatre reçus sur 35 candidats», se rappelle-t-il avec fierté. D'autant plus qu'il continuait à s'occuper de ses parents. «Un parcours difficile, ça exacerbe la rage de vaincre et de vivre. Il ne faut pas subir les obstacles de la vie. S'il y a de la volonté, il y a un chemin, toutes les voies peuvent être ouvertes.» Il enchaîne donc avec une école d'ingénieur, mais n'ira pas jusqu'au bout. «À 24 ans, je suis devenu père de famille. J'ai dû arrêter mes études. Mais je me suis dit que je me débrouillerai bien autrement.» Alors quand la station des Sept Laux crée un poste de directeur commercial, il profite de l'occasion. «Passionné de montagne, j'ai toujours voulu que ma passion soit mon métier et vice versa.» Il a ensuite accédé, à 29 ans, au poste de directeur des pistes et remontées mécaniques où il est resté deux ans. «C'était les ?années sans neige?. C'était très formateur: il fallait construire une stratégie de commercialisation de la station indépendante de la météo!»




Un novice à la mer

En 1991, changement de cap: il part s'installer à Saint-Malo et travaille pour Morvan voyages, un tour-opérateur, et Condors ferries. «Je suis dans une démarche de toujours apprendre, affirme Jean-Marc Silva. Il y avait de fortes similitudes avec la montagne: le tourisme, le transport et des sièges à remplir! Mais sous un angle différent. J'étais un novice au bord de la mer, ce qui permet une remise en cause et évite d'avoir une vision d'expert qui éloigne de la vision du client.» Mais il a beau se dire «amoureux» de la Bretagne, au bout de deux ans, il a «craqué: les hivers sont longs, le tourisme est mono-saison, le rythme est beaucoup plus lent au bord de la mer...» Et, justement, la station des Arcs crée un poste de directeur de l'office de tourisme. «C'était une terre vierge; comme en montagne, il fallait ouvrir la voie. C'est difficile, mais passionnant. Il faut savoir prendre son temps, parfois faire demi-tour, être persistant et reconnaître ses échecs. On apprend alors à partager les expériences avec les autres directeurs en station, qui sont des partenaires avant d'être des concurrents. Le groupe rend fort et performant et permet ensuite à l'individu d'être fort et performant.» Il participera ainsi au développement des Arcs et créera la Centrale de réservation dont il sera gérant jusqu'en 2000. «Mais les enfants sont faits pour grandir...» Le groupe canadien Intrawest vient de trouver un terrain et crée le Resort club Arc 1950, avec 4.000 lits touristiques. Jean-Marc Silva quitte l'office de tourisme et la Centrale et devient le directeur général de ce «projet ambitieux et innovant. C'était surtout la dernière opportunité d'être à l'origine d'une station. Ça veut dire quelque chose créer une station! J'ai de l'admiration et du respect pour les pionniers. C'était un de mes voeux d'en être!» Il sera à la tête d'Arcs 1.950 pendant près de dix ans. Il estime en «avoir fait le tour» quand, fin 2009, France Montagnes se crée et recrute un directeur.