Le Journal des Entreprises : Suite aux travaux menés par les entrepreneurs invités durant le G20, vous avez remis vos recommandations à Bercy le 14 novembre dernier, comment cela s'est-il passé ?
Jean-Marc Barki : Nous avons été très bien accueillis par Thomas Courbe, le directeur général adjoint du Trésor. Il avait très bien préparé son dossier. Il nous a par exemple représenté les institutions fiscales, a évoqué la position de la France sur l'innovation face aux autres pays européens. Nous sommes onzième sur 27 mais nous tirons notre épingle du jeu du côté du digital et de la dépense R&D. Cette dernière est en nette augmentation et Thomas Courbe considère que la France est devenue une terre favorable à la R&D et que cela attire des entreprises. Je pense que c'est lié au Crédit d'Impôt Recherche, qui est un de nos atouts.
Vous avez participé plusieurs fois au G20 en tant qu'entrepreneur, qu'en attendez-vous ?
J-M.B. : C'est la troisième fois que j'en fais partie et la deuxième fois que je suis Sherpa (ndlr : représentant officiel de la délégation française des entrepreneurs au G20). Avec les années, ce G20 des entrepreneurs s'est crédibilisé. C'est même devenu une véritable institution. Nous avons su montrer au politique que nous y produisions des choses, que nous faisions des propositions. Même si le sujet est tabou, la loi El Khomri (ndlr : loi Travail) est sortie des propositions que nous avions faites suite au G20 des entrepreneurs 2015. Malheureusement la rue a voulu maintenir ses privilèges et n'a pas compris qu'on risquait de mettre en péril tout un système économique déjà instable en ne changeant rien. L'entrepreneuriat est aujourd'hui un des points clés pour modifier la situation économique : on ne peut plus faire l'impasse sur les PME. Les entrepreneurs présents au G20 représentaient environ 25.000 salariés, et annoncentquelque 1.400 emplois supplémentaires en 2016 et 2.100 d'ici 2017. Ce chiffre n'est pas neutre, cela représente près de 10 % d'effectif en plus : quand on sait qu'il y a trois millions d'entreprises en France, si chacune fait la même chose, cela réglerait le problème du chômage en France !
Quels changements espérez-vous suite aux cinq recommandations remises cette année ?
J-M.B. : Des solutions sur comment fait-on pour innover plus ? Pour faciliter l'accès au financement pour les entreprises ? Aujourd'hui le financement à court terme, pour du cash ou de la trésorerie, est difficile pour les entreprises. Les banques ne savent plus le faire. Je pense qu'il faut encourager les sociétés de capital-risque, les nouveaux modes de financement, et aussi l'investissement dans les PME, pour les gens qui ont les moyens, via des mesures intéressantes sur le plan de la défiscalisation. J'attends aussi de nos propositions que la confiance soit rétablie entre les entreprises et l'administration fiscale. Il faut un principe de présomption d'innocence des entreprises. Elles ne doivent pas être condamnées avant de pouvoir se défendre, car les dommages collatéraux peuvent être considérables : c'est prendre le risque de faire couler un bateau complet ! Les entreprises ne sont pas là pour faire du pognon et s'en mettre plein les poches, elles sont surtout là pour durer. Et on ne peut pas avoir un tel comportement quand on veut s'inscrire dans la durée. Enfin, pour rétablir la confiance, il faut que le gouvernement cesse son va et vient incessant, comme récemment, sur la question de l'actionnariat salarié.
Parmi les mesures que vous avez présentées, y en a-t-il une qui vous interpelle davantage ?
J-M.B. : Oui la proposition numéro 3, qui consiste à faire entrer l'enseignement dans la réalité du XXI e siècle. Il faut permettre aux enseignants et aux élèves de visiter les entreprises et de les familiariser à cet univers, dès le CE1/CE2. À l'occasion d'une visite d'Arnaud Montebourg dans mes locaux, j'ai invité une classe d'élèves. Je leur ai dit de ne pas hésiter à lui poser des questions, car ce n'est pas tous les jours que l'on croise un Ministre. La première question posée par une élève a été : « Que faites-vous pour améliorer la pénibilité au travail ? » J'ai dit que je ne savais pas quoi répondre car dans mon entreprise, il fait bon vivre. L'enseignante m'a alors précisé qu'elle dispensait un cours de pénibilité au travail... Si on continue à faire ça, comment veut-on que les gamins aient envie de bosser ? On devrait plutôt valoriser des choses qui réussissent dans notre pays... Côté éducation, il faut aussi reprendre les choses à la base et focaliser les efforts sur le CP. On ne doit pas avoir d'enfants qui arrivent en classe de sixième sans savoir écrire ni compter. Il n'est pas normal d'avoir des jeunes qui arrivent dans nos entreprises en faisant des fautes ou des erreurs de syntaxe.
Vous avez également insisté sur l'Europe cette année dans les propositions remises ?
J-M.B. : Le sujet avait été abordé rapidement l'année dernière et nous l'avons repris plus en détail cette année. Nous avons souligné le fait qu'il serait intéressant de s'accorder sur les réglementations qui sont votées à Bruxelles et transposées de manière différente selon les pays, en étant soit durcies, soit pas appliquées du tout. Pour prendre un exemple, la France veut aller plus loin sur la directive européenne au niveau des huiles... Ce sont des orientations excessives qui relèvent de la super protection. Il faut aussi harmoniser les choses sur le plan fiscal et au niveau du code du travail. Il y a beaucoup de travailleurs transfrontaliers en Europe et on veut un contrat de travail intereuropéen, simple et basique, pour simplifier le système des expatriés.