«Je me méfie naturellement des partenariats entre ONG et entreprises»
# Conjoncture

«Je me méfie naturellement des partenariats entre ONG et entreprises»

Et les chefs d'entreprise, qu'en pensent-ils? Souvent sceptiques, certains d'entre eux finissent par s'associer à des ONG.

Thibault Durieu, P-dg de Durieu SA (Essonne), navigue dans le secteur de la parachimie. Confronté à un cadre réglementaire de plus en plus emberlificoté et à la «lame de fond des vernis à l'eau», il décide de prendre le train du green en 2005. Il élabore alors une charte d'entreprise, dans laquelle il s'engage à fabriquer des vernis meilleurs pour la planète. Lorsque la Fondation Nicolas Hulot (FNH) prend contact avec lui en 2009, le jeune patron est plutôt sceptique. «Je me méfie naturellement des partenariats entre ONG et entreprises. À l'ère du tout marketing, on arrive à vendre n'importe quoi aux clients. Et puis, j'y ai surtout vu un démarchage financier, ce qui n'aurait rien rapporté à l'entreprise. Je ne pensais pas que l'on puisse avoir un partenariat qui ne soit pas à sens unique.» Deux ans plus tard, il a changé d'avis. Certes, être mécène n'a pas eu vraiment d'impact sur son coeur de métier, mais il en a eu sur ses salariés. «Cela a permis de donner une vraie impulsion en interne autour de mon projet.»




Renforcer la culture d'entreprise

Dialoguer avec une ONG peut aussi renforcer la culture d'entreprise. C'est ce qui est arrivé à la Laiterie Saint-Denis de l'Hôtel, près d'Orléans, à qui il «manquait une marque fédératrice», selon son P-dg Emmanuel Vasseneix. «Pour moi, l'engagement humanitaire est une façon de rendre les salariés fiers de leur travail. Comme notre métier consiste à nourrir les gens, l'action humanitaire n'en est qu'un prolongement.» Parmi les nombreuses actions menées, le jeune dirigeant a lancé une gamme de jus de fruits Pom'Mangue, dont le produit des ventes est reversé à l'association éponyme, qui finance des écoles au Bénin.




Retombées directes

Il arrive qu'un partenariat avec une ONG ait des retombées directes sur le coeur de métier d'une PME. En faisant signer à des entreprises des contrats de licence pour la commercialisation de produits écoconçus, WWF propose un pacte «gagnant-gagnant». C'est ce qu'explique Muriel Kopelianskis, chargée des partenariats produits à WWF. «Collaborer avec des PME est pour nous à la fois un levier d'action et une façon de récolter des fonds, puisqu'une partie du prix du produit nous est reversée. Pour les entreprises, le Panda est une caution intellectuelle. J39, une PME du Jura spécialisée dans la distribution de peluches, en sait quelque chose. Son fournisseur hollandais s'étant déjà associé à WWF, elle voyait défiler plus de 500 références de lions et de chiens estampillés ?Panda?. «On a voulu optimiser ce partenariat en fabriquant des jouets éducatifs écoconçus», raconte Loïc Delorme, le P-dg. Qualité de la peinture, provenance du bois, l'ensemble des jouets ont été passés à la loupe par les experts de l'ONG. «Nous savons que le Panda est une vraie caution auprès des consommateurs. C'est une tendance de fond, les gens achètent du bio, des jouets en bois, et ils veulent être certains qu'ils ne sont pas nocifs pour la santé.» Ce que recherchent le plus souvent les PME, c'est du conseil et de l'expertise. Chez Tarvel (69), spécialisée dans les métiers du paysage, on fait venir des naturalistes de la FRAPNA, petite soeur de France Nature Environnement, pour montrer au personnel que certaines plantes favorisent le retour des insectes auxiliaires, qui eux-mêmes régulent les populations de ravageurs. Une façon de préparer la sortie du tout chimique.




Prendre de la hauteur

Comme les réseaux, les ONG constituent un moyen pour le chef d'entreprise de prendre de la hauteur. À la tête de Mister Recycle (Paris), un site Internet de rachat et de recyclage des téléphones portables, Stéphane Roder a amélioré ses pratiques en devenant mécène de la FNH. «J'ai réalisé un audit de traçabilité de mes produits et je pense faire un bilan carbone. Avant, je n'en voyais pas l'utilité, j'avais le nez sur le guidon!» Et comme sa démarche est aussi militante, il offre à ses clients la possibilité de reverser une partie du prix de leurs téléphones à l'ONG.

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