« J'ai repris une société de BTP en n'étant pas de ce milieu »
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« J'ai repris une société de BTP en n'étant pas de ce milieu »

Son défi Ancien cadre de France Telecom où il est resté 16 ans, Philippe Desmis a racheté l'entreprise Coddeville en 2012, à Méteren. De quoi donner envie à d'autres...

« J'ai un parcours simple et riche. Fils d'agriculteurs, je suis expert-comptable de formation. J'ai d'abord travaillé sept ans pour des cabinets indépendants de la métropole lilloise. Puis, j'avais envie de "voir de l'intérieur" l'entreprise France Telecom. En janvier 1991, j'ai fait le grand saut, au siège régional à Villeneuve-d'Ascq en tant que directeur du service comptable. J'y suis resté 16 ans comme agent contractuel... J'ai adapté tout le système d'information suite à la privatisation, mis en place le système qualité, fait beaucoup de management et de conduite de projets. En 2007, à 45 ans, j'avais deux possibilités : rester à France Telecom ou changer d'employeur. J'ai choisi d'être Daf dans des PME agroalimentaires, chez Dupont Restauration et Le Petit Cuisinier (groupe Agapes). Le côté industriel et la production me plaisaient. Licencié économique à 48 ans, j'ai étudié la franchise, puis la reprise avec mon expérience de gestion et conduite de projets. La première journée de la transmission-reprise organisée à Lille par la Caisse d'Epargne a été le déclic. J'y allais sans a priori.




Rebondir en 15 mots En 2011, j'ai étudié la reprise à fond. Il fallait passer de directeur salarié à entrepreneur. Je me suis alors beaucoup formé pour reprendre une entreprise. Le triptique gagnant, pour moi, c'est : formé, conseillé et accompagné. J'ai fondé mon nouveau départ sur 15 mots : il faut un fit, de la valeur ajoutée, pas de préjugés, être patient, humble, à l'écoute, tenace, perspicace, entretenir son réseau... Il faut aussi bien choisir sa cible et je crois aussi à la chance, mais on la provoque !

Bien formé, bien accompagné J'avais deux handicaps : je n'étais pas du milieu, mais je suis manuel ayant toujours eu à faire à la ferme de mes parents, et j'avais une image de financier. Le bâtiment, c'est une passion pour moi. Je me suis alors dit : je me forme ! J'ai donc investi dans ma formation bénéficiant aussi d'une convention d'out placement avec Right Management, Vimex Lille et le dispositif « Dispo'Cadres » de Vauban Humanis qui m'a coûté 45 € sur 15 mardis sur la connaissance de soi, entre autres. Je le conseille vivement à ce prix-là ! Il ne faut pas rester seul. Je suis aussi lauréat 2012 du réseau Entreprendre et membre du club E6. J'ai fait 350 rendez-vous, étudié 14 dossiers, rédigé quatre lettres d'intention qui n'ont pas été contresignées. Puis, BH Conseil m'a présenté Coddeville, entreprise du BTP en second oeuvre créée en 1968 par deux frères que je connaissais déjà de notoriété dans les Flandres. J'ai rencontré les cédants le 2 novembre à 18 heures. Le feeling est tout de suite passé. En trois semaines, la lettre d'intention était faite. Le 10 mai 2012, j'ai repris l'entreprise avec dix semaines de transition avec les cédants partis à la retraite dont la fille de l'un d'eux, Christine Coddeville à qui je dois beaucoup.

Le cap des 100 jours Depuis, tout se passe très bien. Les 100 premiers jours sont importants. Le point le plus important, c'est l'humain ! Il faut être proche des gens. Les salariés ont forcément un choc. Il y a deux réactions : l'une positive car il y a une suite à l'entreprise et l'autre de test. J'ai mis en place un contrat d'intéressement. Si l'entreprise gagne, ils gagnent aussi. Si du matériel est cassé, l'intéressement sera amputé. Trois personnes ont été recrutées depuis. Aujourd'hui, je suis à un cap : j'ai encore envie de grandir et d'entreprendre. Pourquoi ? Comment ? Je ne sais pas encore. »

Propos recueillis parGéry Bertrande

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