«J'ai deux familles : celle du sang et celle du foot !»

«J'ai deux familles : celle du sang et celle du foot !»



Pourquoi avoir investi dans l'ASSE?

En 2003, des industriels locaux et les collectivités locales sont venues me trouver pour que j'investisse. En parallèle, je pensais à lever le pied dans mon entreprise J'avais déjà accepté d'être sponsor maillot, car le club était menacé d'être rétrogradé faute de sponsor. J'ai bien réfléchi et en 2004, je suis devenu coprésident à 50/50 avec Bernard Caiazzo.


Qu'attendez-vous de cet investissement?

Pas d'argent en tout cas, puisque nous sommes bénévoles avec Bernard. On ne récupérerait de l'argent que si nous vendions nos parts, ce qui est absolument hors de question à l'heure actuelle. Non, je suis passionné, je suis à fond avec le club, je viens tous les jours au centre, je ne manque jamais un match. L'ASSE, c'est ma deuxième famille. D'ailleurs, cette année, j'ai un joueur qui était tout seul pour Noël, il est venu le faire chez moi.


Votre femme, vos enfants auraient peut-être préféré une retraite plus tranquille...

Ma vie est organisée autour de l'ASSE, c'est vrai.


Auriez-vous pu aller vers un autre club?

Non, je ne crois pas. Je suis un fervent supporter des Verts depuis mes 12 ans... Depuis le jour, en fait, où un "prend l'air" stéphanois (expression désignant un citadin disposant d'une résidence de campagne, NDLR) qui venait en vacances en face de la ferme de mes grands-parents m'a emmené à un match. J'adorais déjà le foot et j'avais les yeux grands écarquillés devant les joueurs professionnels. C'est une ambiance extraordinaire.


Vous avez été à la tête d'une entreprise pendant plus de 20 ans, quelles similitudes avec un club de foot?

C'est vrai qu'un club de foot est une entreprise mais cela n'a rien à voir. Il y a deux grosses différences: la médiatisation avec une mise en cause personnelle et les contrats des salariés. Et puis, tout le business qui tourne autour des joueurs et de leurs agents.


Comment vivez-vous ces critiques personnelles, ces "Romeyer, démission" scandés dans le Chaudron lorsque le club va mal?

C'est extrêmement difficile... C'est pour cette raison que nous avons mis en place une nouvelle organisation pour ne plus être en première ligne. J'ai poussé des gueulantes mémorablesrécemment. Aujourd'hui, nous avons préféré prendre un peu de hauteur. Mais il y a quand même une chose qui m'agace profondément. Aujourd'hui le club est une entreprise, ce n'est plus une association. Il appartient à celui qui l'a acheté, à Caiazzo et moi, donc. Au nom de quoi, les supporters pourraient-ils exiger que nous rendions les clés? Je n'ai jamais vu ailleurs qu'on demande au P-dg de s'en aller! Non, pour conclure, c'est vrai que je suis affecté par ces attaques personnelles.


Quels sont les aspects que vous préférez dans la direction de l'ASSE?

Ce n'est pas l'équipe professionnelle qui m'intéresse le plus, en terme de gestion. Je préfère m'occuper des jeunes. J'ai d'ailleurs racheté un club à Dakar. Du côté des pros, il y a trop d'argent en jeu. On essaie de garder des valeurs, celle de l'amour du maillot en particulier mais on sait que de toute manière, à la fin, c'est presque toujours l'argent qui fait la différence. Même si le joueur est resté longtemps chez nous, même si on l'a beaucoup aidé. Et ça, c'est un raisonnement qui ne me plaît pas! Je ne suis pas d'accord avec tout cet argent qui circule, mais bon, ce n'est pas moi, Roland Romeyer qui peut changer grand-chose au business du foot. Malheureusement!


Aujourd'hui que vous côtoyez les joueurs tous les jours, avec vos yeux de chef d'entreprise, êtes-vous toujours supporter?

Oh que oui! L'ASSE m'a apporté des moments extraordinaires qui ne s'oublient pas. Et ce sont ces moments que nous voulons donner aux jeunes qui n'ont pas connu l'épopée verte. C'est pour cela que je suis malheureux quand l'équipe perd. Ce n'est pas pour moi que je suis triste, ni pour les joueurs, c'est pour les supporters que cela me fait de la peine. C'est pour cela aussi que je prends des coups de colère contre certains joueurs qui ne mouillent pas le maillot. Les supporters doivent travailler des années parfois avant de gagner un mois de salaire de joueur de foot professionnel. C'est pour cela que je leur répète sans cesse de se bouger et de tout donner!