C'est une page qui se tourne pour le groupe Royer, à Fougères. Alain Royer, directeur général délégué du géant de la distribution de chaussures (32millions de paires commercialisées par an), s'apprête à quitter l'entreprise familiale. Tout au moins sur le plan opérationnel. «Mon frère prend du recul», nous confie ainsi Jacques, P-dg. Il en sera ainsi fini de ce duo formé il y a près de 40 ans. C'est en effet en 1975 que les deux fils de Louis Royer rejoignent l'entreprise familiale de négoce, fondée après-guerre. Un "team" qui fera de la petite société bretonne un véritable groupe mondial. Avec des marques sous licence (Converse, New Balance, Disney, Hello Kitty...) ou qui lui appartiennent (Kickers, Charles Jourdan, Mod'8, Aster, Von Dutch). Au regard des derniers mois, cette annonce n'est pas vraiment une surprise. L'arrivée de Nathalie Montaldier Henocq (ex-directrice monde des marques du groupe SEB), en fin d'année dernière, au poste de directeur général adjoint, laissait en effet entrevoir quelques changements au board du groupe. «Elle est en charge de tout l'opérationnel ce qui me permet de m'occuper du stratégique», commente Jacques Royer. Jusqu'à maintenant, le comité exécutif de Royer est composé de quatre personnes: Jacques et Alain Royer, Catherine Montaldier Henocq et Benoît Rolland-Jacob, directeur juridique et développement.
Un ancien de Lejaby pour l'export
Le groupe Royer a par ailleurs profité de l'été pour faire venir de nouveaux talents. Raphaëlle Camus, jusqu'alors directrice marketing de la division habillement de Carrefour, a été nommée directeur de la division mass market (grande distribution). Emmanuel Venot, directeur export de Lejaby, prend quant à lui la direction internationale de toutes les marques de Royer, sauf le luxe. Une création de poste. Organisé en quatre pôles (mass market, sport-mode, junior-mode et luxe), le groupe breton devrait «finir l'année autour de 300M€, annonce Jacques Royer. C'est en léger repli par rapport à 2011 (310M€, ndlr) en raison de la situation du mass market.Les enseignes préfèrent concentrer leurs efforts sur les marques de distributeurs (MDD), ce qui pénalise les marques sous licence, sauf Hello Kitty, qui marche très bien, poursuit le P-dg. Les grandes surfaces enregistrent aussi moins de fréquentation.»
Une nouvelle marque américaine sous licence?
Les bons scores réalisés par New Balance, Kickers ou Converse permettent néanmoins de contrebalancer cette tendance. «Pour Converse, en 2012, on sera en progression de +3%», confie le dirigeant. Conséquence d'une conjoncture difficile et d'un climat au printemps et cet été peu propice à l'achat de chaussures, «on va faire des économies et on reste raisonnable dans nos investissements», indique Jacques Royer. Sans réduire les effectifs, et en restant ambitieux. Au début de l'année, la société rajoutait ainsi Vicomte A.à sa kyrielle de marques commercialisées sous licence. Et «d'ici à un mois, j'espère qu'il y en aura une autre de plus. Une très belle», se réjouit Jacques Royer, sans vouloir nous en dire plus. Tout juste nous dévoilera-t-il qu'il s'agit d'une marque américaine.
Kids & Kickers: plus de 2M€ investis par an
Toujours côté développement, le distributeur va poursuivre le déploiement de ses boutiques Kids & Kickers. Lancé en mai à Limoges, le concept sera implanté à Vannes, Paris et Troyes d'ici à la fin de l'année. Un magasin enfant où le client peut trouver toutes les marques commercialisées par Royer. «Des boutiques en propre et en franchise», précise Jacques Royer, qui prévoit un investissement de 2 à 2,5M€ par an pour atteindre les 50 boutiques. En France, mais pas seulement. «L'international, ce sera pour l'an prochain. Essentiellement en Belgique, Allemagne et Espagne. Puis au grand export, avec la Chine en particulier, mais pas l'année prochaine. Il faut d'abord qu'ils réussissent Kickers», prévient Jacques Royer. Le P-dg a en effet signé il y a plusieurs mois un partenariat avec le groupe chinois Miramar pour développer la marque, avec 180 points de vente en cinq ans. Dans un premier temps, «ils vont en ouvrir douze dans les six prochains mois.»
Nouvel actionnaire d'ici à la fin de l'année
Du mouvement, mais pas de précipitation. C'est ainsi que l'on pourrait résumer la stratégie du groupe familial. «Je suis un développeur. Je veux pérenniser le développement mais il n'y a aucune course au chiffre d'affaires», prévient Jacques Royer. Son ambition à cinq ans: «qu'on ait pris dans l'enfant un rôle de leader au niveau européen au moins et qu'on ait une position encore plus internationale qu'aujourd'hui. À savoir dépasser les 50% à l'export, contre 35% aujourd'hui.» Enfin, Royer va devoir gérer dans les prochaines semaines le départ de son actionnaire Apax (22,5%), avec la recherche d'un nouveau partenaire. Le groupe y travaille avec Lazard. Le fonds Apax «doit sortir à la fin de l'année et notre famille veut garder le contrôle du groupe, indique Jacques Royer. Nous avons des contacts divers. Nous recherchons un partenaire pour accompagner la famille dans le développement de l'entreprise dans le long terme.» Un partenaire qui peut être industriel ou financier. Avis aux amateurs.
Jacques Royer le confie au Journal des entreprises. Son frère Alain, directeur général délégué, va quitter le groupe de distribution de chaussures. Le P-dg dévoile par ailleurs ses ambitions pour l'export.