Jacques Chalvin : Un autre regard sur l'événementiel

Jacques Chalvin : Un autre regard sur l'événementiel

Il a quitté la direction du Théâtre Mogador, à Paris, pour revenir en terres lyonnaises donner vie à l'un de ses rêves: être entrepreneur. Jacques Chalvin a repris l'espace Double Mixte, à Villeurbanne, un lieu d'exposition qu'il entend imposer sur la scène localepar sa différence. Claire Pourprix

«Mais tu es complètement cinglé!» Voilà ce que Jacques Chalvin a entendu à plusieurs reprises lorsqu'il a annoncé qu'il quittait la direction du théâtre Mogador pour racheter l'espace Double Mixte, à Villeurbanne. C'était en mai dernier. Depuis, il assume sa folie, sans aucun regret. Non pas qu'il s'ennuyât à Paris. Il y travaillait depuis 2004, année où il avait pris la direction de Connaissances du monde, pour dépoussiérer l'entreprise de diffusion de documentaires. Puis avait été nommé directeur du théâtre Mogador, fin 2006. Il avait notamment la mission d'orchestrer sa réouverture après travaux avec le lancement d'un spectacle majeur, Le Roi Lion. «Le théâtre a ouvert en temps et en heure, il est bien positionné dans le milieu événementiel d'entreprise prestigieux», commente-t-il. Un pari passionnant, et réussi donc. Mais l'éloignement de Lyon lui pesait. Il était las des allers et retours hebdomadaires entre Paris et Lyon, sa ville natale où il retrouvait sa femme et ses filles tous les week-ends. «Je suis profondément Lyonnais, même si j'ai apprécié la vie à Paris et notamment sa plus grande ouverture d'esprit, une certaine tolérance qu'on ne retrouve pas à Lyon où les réseaux et le corporatisme sont encore très pesants.» Parallèlement, l'envie de diriger sa propre entreprise le taraudait... Jacques Chalvin a toujours su qu'il serait un jour entrepreneur. «C'est pour moi un défi, et un certain aboutissement», confie-t-il, tout sourire. Lorsque l'opportunité de racheter l'espace Double Mixte s'est présentée, il l'a donc saisie. Sans hésiter.




Une alternative low cost

L'opération a été bouclée pour 5M€, grâce à la participation de la filiale de valorisation de l'Insa, Insavalor, et de quelques amis financiers. Pour Jacques Chalvin, que l'on devine plutôt entrepreneur que gestionnaire, l'aventure ne fait que commencer. La tâche est ambitieuse puisqu'il s'agit de redynamiser l'espace d'exposition de 10.000m², situé sur le campus de la Doua (rebaptisé Lyon Tech dans le plan Lyon Cité Campus), dans une ville où la présence du leader mondial GL Events est très forte. Mais Jacques Chalvin a la conviction d'avoir une place à prendre. Parmi ses atouts: une bonne expérience du métier de l'événementiel, puisqu'il a travaillé chez Eurexpo au début des années 90 puis au développement commercial du Palais des congrès de Lyon, de 1996 à 2003. À quoi s'ajoute une fibre citoyenne forte que le chef d'entreprise compte naturellement mettre à profit pour démarquer le Double Mixte de l'offre existante. «Je mets en avant les outils de différenciation de ce lieu car nous sommes sur un marché où il y a déjà plusieurs acteurs. La crise, que je regrette bien sûr, crée les conditions favorables au positionnement que je voulais donner au Double Mixte: un lieu pas ostentatoire, plutôt low cost.» Un outil de travail efficace pour les entreprises en recherche de salle de réunion, de séminaire ou d'exposition, pour qui un parc des expositions tel qu'Eurexpo est inaccessible.




L'art entre en scène

Mais qui dit petit prix ne veut pas dire rabais. Jacques Chalvin, grand amateur de photographie, sensibilisé à l'art contemporain au cours de ses années au théâtre Mogador, a décidé d'enrichir le site Villeurbannais avec une offre culturelle innovante: des expositions de photographies grand format. Le photographe lyonnais Marc Riboud a inauguré le concept avec des photographies grandeur nature affichées jusqu'en mai. L'exposition est aussi une invitation à la réflexion sur le thème de la mixité, chère au nouveau dirigeant. Une mixité que Jacques Chalvin recherche au quotidien, dans son travail, mais aussi dans ses voyages, sa passion. Il profite ainsi sans complexe des avantages procurés par le travail de sa femme, dans une compagnie aérienne, pour parcourir la planète. Hors des sentiers battus, à la rencontre des autres.