Sa région, il l'a dans la peau. Il ne le dit pas autrement : «Je suis 100% Alsacien!». Il est ainsi, Jean Lorentz, tout entier acquis à la cause régionale. Diplômé de l'Ecole nationale de la magistrature, il a été l'exception dans une profession où la mobilité est la règle. «J'ai effectué l'ensemble de ma carrière à Colmar, ce qui est un cas unique», explique ce natif de Strasbourg avec une pointe de satisfaction et de fierté. Il n'oublie toutefois pas sa première affectation... à Thionville, pendant deux ans. «Mais à l'époque cette juridiction dépendait de la Cour d'appel de Colmar», rappelle, sous forme de clin d'oeil, Jean Lorentz. L'Alsace a ensuite donné le champ à ce brillant magistrat de gravir un à un tous les échelons de sa profession pour finir avocat général près la Cour d'appel de Colmar et magistrat délégué à l'équipement, fonction qu'il a occupée pendant près de 20 ans.
Endosser un costume de commercial
Ses racines sont bel et bien là et elles le rendraient presque lyrique : «Mon attachement à l'Alsace est très fort. La beauté de cette région et de ses paysages suscite le bonheur des gens». Et le sien. A 73 ans, retraité depuis 7 ans, Jean Lorentz reste très actif. Président depuis 10 ans de la Société Schongauer (et après 17 années de vice-présidence), association de droit local en charge de la gestion du musée Unterlinden de Colmar, il a endossé un nouveau costume. Le projet d'extension du musée, prévue pour 2013, est en effet accompagné d'une volonté de ressérer les liens avec le monde de l'entreprise. Un monde qu'il reconnaît, par la force des choses, avoir peu connu jusque-là. Mais peu importe. Jean Lorentz a relevé le défi et endossé, ces derniers mois avec son «excellente» équipe, un costume de commercial chargé de ?vendre? aux entreprises alsaciennes, françaises et même internationales, le musée et son projet d'extension prévu pour 2013. L'objectif fixé est ambitieux : réunir 3,5 millions d'euros de fonds privés, soit plus de 10% du budget prévu pour l'extension. Mais par irréalisable : une somme totale d'1,6 million a déjà été promise par trois entreprises.
Laisser le charme agir
Dans sa poche, des atouts dont il sait se servir : un réseau, d'abord, du bagout, ensuite et une parfaite connaissance du ?produit?, enfin. «Le rapport que j'ai avec le musée est viscéral, j'y viens presque tous les jours et j'en connais les moindres recoins», témoigne-t-il avec verve, comme s'il était habité par Unterlinden et ses trésors. Lancez-le sur ses oeuvres favorites... Jean Lorentz, qui reconnaît parfois «forcer (sa) nature pour aller quémander des fonds», a juste à laisser le charme agir. Sans forcer le trait, il vend le musée avec un talent et une technique qui pourraient faire école. «Je pose une question : Que serait Colmar sans le musée Unterlinden? Tous ceux qui en sortent sont émerveillés. Je voudrais que les entreprises aussi considèrent Unterlinden comme leur musée, qu'elles admettent que leur investissement ne s'y fait pas à fonds perdus». Une façon détournée de dire, finalement, que ce n'est pas le musée qui a la chance de bénéficier de fonds privés, mais bel et bien un honneur, pour les entreprises, de participer à son fonctionnement ou à son extension.
Ancien haut magistrat colmarien, Jean Lorentz préside aux destinées du musée Unterlinden à travers la Société Schongauer. Un rôle qui, avec les projets d'extension du musée et la recherche de fonds privés, le place aujourd'hui au carrefour des relations entre le monde artistique et entrepreneurial.
Par Philippe Armengaud