Ce n'est pas vraiment la période la plus calme pour nous accorder une interview mais qu'à cela ne tienne. Avec ses cheveux grisonnants, ses yeux bruns et son sourire, en vrai épicurien qu'il est, Jean-Charles Lemoy, pâtissier-chocolatier de la place de Metz et sculpteur sur glace, parvient tout de même à s'échapper quelques instants de son laboratoire... le temps de boire un thé bien chaud et de déguster quelques délicieux gâteaux de Noël de sa facture. Fils de boulanger-pâtissier sur Nancy et petit-fils de boulanger dans la Meuse, il a pourtant bien failli épouser une tout autre carrière... celle de comptable. Mais fort heureusement pour tous les gourmets et gourmands de Metz, Jean-Charles Lemoy «se rend très vite compte que finalement ce n'est pas son truc». «Tombé dans un moule à gâteau» quand il était petit, il prend alors le chemin de l'apprentissage, obtient son CAP de pâtisserie en un an. Et s'offre même le luxe de se classer 1ersur toute la Lorraine. Comme quoi bon sang ne saurait mentir!
Premiers pas chez Millet
Son diplôme en poche, le jeune Nancéien ne souhaite pas reprendre l'affaire de ses parents. Il se voit pousser des ailes dans le dos et monte à la capitale se perfectionner auprès d'un des virtuoses français de la pâtisserie, Jean Millet. «Mes parents tenaient une pâtisserie-boulangerie et moi, je ne voulais pas faire de pain. Ce que j'aimais faire depuis toujours c'était les gâteaux.» Passionné par son métier et créatif dans l'âme, c'est dans les concours de création de pièces en sucre qu'il enchaîne durant toute sa période parisienne, qu'il parvient à exprimer tout son talent d'artiste. «Les concours sont une très bonne école dans nos métiers de bouche. On y apprend énormément. Ils nous maintiennent en état d'éveil et de recherche et nous permettent d'évoluer beaucoup plus vite que si l'on reste enfermer dans son laboratoire», explique celui qui s'est vu décerner le titre de meilleur apprenti de France. À 25 ans, alors que Le Manoir aux quat' saisons, la célèbre maison de Raymond Blanc (Oxford), lui ouvre ses portes, Jean-Charles Lemoy décide de revenir en Lorraine. «Toute ma carrière, mes changements de direction ont eu lieu sur des détails. Quand j'ai eu cette proposition de poste de responsable pâtisserie, la maison Moisson, qui avait une belle renommée à Metz, était à vendre.» Avec son épouse Isabelle, il se lance dans l'aventure de la reprise de l'entreprise à laquelle il donne son nom. «Le changement d'identité s'est fait en douceur, petit à petit tout comme le renouvellement de la gamme des pâtisseries qui associe tradition et modernité. Ce n'est que plus tard, que j'ai démarré le chocolat, grâce à André Cordel, maître chocolatier à Bar-le-Duc. Il m'a énormément appris.» Réputé auprès des amateurs de chocolats fins et autres petits gâteaux en forme de champignon ou truffés de crème pralinée, Jean-Charles Lemoy mène pourtant avec la même hardiesse une autre vie... Celle de sculpteur sur glace.
Amateur de golf
Une passion qu'il a découverte au détour d'un stage de glaces à consommer et qui l'a transporté sur la scène internationale. Sacré Champion du monde de sculpture sur glace à deux reprises, en 2000 en Alaska et en 2002 à Graz, il partage cette folie douce avec ses amis Michel Amann et Raphaël Serreti, sculpteur plasticien qu'il a initié en 2005 à Lubeck. Père de quatre enfants âgés de 13 à 20 ans, il ne s'arrête jamais et vient même de créer une micro-entreprise, Glace et créations. Son joujou pour plus tard, lorsqu'il cessera son activité de pâtissier. Enfin, que les gourmands se rassurent, ce n'est pas encore pour tout de suite. Son secret «pour ne pas péter les plombs» comme il dit, le golf. Il a découvert ce sport par hasard, il y a trois ans et depuis il est «accro». Sur le green toutes les semaines, il affiche un handicap de 18.
Réputé sur la place de Metz pour ses créations sucrées, Jean-Charles Lemoy, pâtissier-chocolatier, est également un sculpteur sur glace reconnu sur la scène internationale. Sacré deux fois Champion du monde de sculpture sur glace, il se consacre pleinement à ses deux passions.
Guénola Rivière