«C'est une question de niveau de vie. L'Isère est un département où le développement économique a été florissant», analyse Yvan Moryussef, président de la Fnaim 38. C'est dans les communes de la rive droite de la vallée du Grésivaudan que la concentration de foyers fiscaux à hauts revenus est le plus marquée. À Corenc, 12,5% des foyers fiscaux se situent dans la tranche supérieure d'imposition, à Biviers, ils sont presque 11% et à Saint-Ismier plus de 9,5%. Le contraste reste saisissant entre ces communes ancrées sur les coteaux de Chartreuse et celles de la rive gauche de l'Isère, au pied du massif de Belledonne, comme Villard-Bonnot où seuls 0,36% des foyers fiscaux sont situés dans la tranche supérieure d'imposition.
Emplois qualifiés
Cette concentration des hauts revenus aux portes de Grenoble trouve des explications historiques, géographiques, mais aussi sociales. «La rive droite du Grésivaudan est en effet mieux exposée au regard de l'ensoleillement, commente maître Antoine Pequegnot, notaire à Crolles. C'est donc historiquement un secteur très recherché. Il y a peu de terrains disponibles, peu d'opportunités en matière de construction et les prix pratiqués sont élevés car ce secteur, avec ses industries de pointe, concentre les emplois les mieux rémunérés. Or, ces personnes cherchent naturellement à habiter à proximité de leur lieu de travail, dans des endroits agréables.» Aux côtés des majors que représentent des entreprises comme STMicroelectronics ou Schneider Electric, c'est en effet toute la technopole d'Inovallée et ses 10.000emplois qualifiés qui drainent les meilleurs revenus. Historiquement, les capitaines d'industrie des vieilles familles grenobloises avaient également installé leurs familles sur ces coteaux ou bien y disposaient de résidences secondaires, lesquelles sont devenues des résidences principales au fil du siècle dernier. La mentalité dauphinoise filtre parfois encore au travers des vieilles pierres de ces villages où l'on aime cultiver son jardin, sans se mélanger.
Achat cash
Ces hauts revenus, largement générés par des traitements et des salaires, traduisent la présence d'une population active. «Ce sont des cadres très supérieurs ou des chefs d'entreprises d'une cinquantaine d'années», décrit Me Pequegnot. Lorsqu'ils achètent des maisons, du bel ancien ou de la maison d'architecte neuve dans les hauts de Meylan, les transactions se concluent autour de 1,3 à 1,5M€. «Et au-delà de 1M€, les clients paient cash», constate le notaire. En région grenobloise, il n'y a guère que des communes comme Seyssins qui rivalisent en termes d'attractivité avec les communes du Grésivaudan. Et dans le Nord Isère, il faut aller à Seyssuel, dans la banlieue chic de Vienne, en 29e position, pour trouver à nouveau des foyers fiscaux élevés. «On ne peut pas comparer ces secteurs avec Neuilly-sur-Seine car ce sont de petites communes», modère Yvan Moryussef. Si ce modèle d'attractivité a largement prévalu jusqu'à la fin du siècle dernier, les spécialistes de l'immobilier assistent, depuis 2006-2007 à une légère tendance à la diversification portée par une politique d'urbanisme plus dense dans certaines de ces communes.
Méthodologie
Ce classement a été réalisé à partir des données fiscales 2010 du ministère des Finances. Le revenu fiscal, c'est l'ensemble des revenus déclarés d'un ménage après abattement, notamment celui de 10%. En Isère, la moyenne des revenus déclarés était de 23.947€, l'impôt moyen de 1.932€ et 57,9% des ménages du département étaient imposables. Enfin, 8.552 foyers avaient déclaré plus de 97.500€ de revenus, soit 1,3% d'entre-eux.