Et s'il n'y avait pas de hasard dans le choix fait par Nicolas Sarkozy, fin 2009, d'annoncer le programme du Grand emprunt depuis Geispolsheim? Ne fallait-il tout simplement pas y voir un signe prémonitoire? Le Grand emprunt, passé depuis sous le nom moins affolant pour les finances publiques d'Investissements d'avenir, avait pour but d'identifier des pôles de recherche et d'enseignement universitaires d'excellence. Ce, pour y concentrer l'injection de millions, voire de milliards d'euros, afin d'en faire des sites d'envergure mondiale. «Pas de saupoudrage», avait alors averti le président de la République. L'objectif final de cette démarche: contribuer à la création de richesse et d'emplois. Les premiers arbitrages ont été rendus depuis le début de l'année. Alors que les décisions concernant les "Idex", Initiatives d'excellence, devraient tomber d'ici à l'été, l'Université de Strasbourg (UdS) est d'ores et déjà bien placée dans l'obtention de financements. Les sommes promises par l'État se comptent en dizaines de millions d'euros -le compte n'est pas terminé-, immédiats ou sur plusieurs années, pour financer des équipements, des projets de recherche, des laboratoires... Le positionnement fort de l'UdS sur la chimie et les sciences du vivant, largement encouragées par ce programme, n'y est pas étranger. Cerise sur le gâteau, le financement des Idex, lui, pourrait atteindre le milliard d'euros, sous forme de dotation en capital. Strasbourg fait partie du dernier cercle en compétition.
Le monde économique veut y croire
Richesse, emplois... Quelles retombées, dès lors, pour l'économie alsacienne? «Nous sommes en train de poser un socle», rappelle Guy-René Perrin, délégué général aux Investissements d'avenir de l'UdS, «les retombées économiques pour l'Alsace sont à long terme, mais on travaille déjà à l'attractivité du territoire pour la venue de futurs chercheurs et entreprises». Un enjeu bien réel mais qui masque les difficultés à estimer concrètement l'impact que cela pourra avoir sur le PIB ou l'emploi régionaux. Même si, en vue du dernier grand oral, mi-mai, pour défendre le dossier des Idex, l'université est en train de plancher sur le sujet. La primeur est réservée au jury international chargé d'arbitrer. Mais l'exercice de la prospective reste complexe. En attendant, le monde économique veut y croire. «Ces Investissements d'avenir sont l'occasion de sortir d'une Alsace à l'économie assez traditionnelle pour aller vers ce que j'appellerais la "new industrie"», s'enthousiasme Jean-Luc Heimburger, président de la CCI de Strasbourg et du Bas-Rhin qui, avec l'Université et les collectivités a soutenu ce projet. «La région dans 10 ans ne sera plus celle d'aujourd'hui», poursuit-il. Dix ans, l'échéance est donnée: car ces fonds structurants ne devraient pas commencer à délivrer leur plein effet avant sur l'économie alsacienne. Seul l'impact sur l'évolution des formations pourrait intervenir à horizon 5 ans.
Une campagne de communication à la rentrée
En attendant, plusieurs chantiers connexes vont s'ouvrir dans les mois qui viennent pour optimiser l'impact des fonds récoltés et encore à venir. D'abord celui de la mise en place d'un consortium (lire ci-dessous) réunissant le monde de la recherche et celui de l'entreprise. Indispensable pour initier et piloter de nouveaux projets de recherche collaboratifs en bonne intelligence. Autre maillon essentiel: la Société d'accélération de transfert de technologie (SATT), qui prendrait le relais du fonds de maturation Conectus en démultipliant sa capacité d'intervention. Le dossier devait être tranché fin avril. Un nouveau fonds d'amorçage serait également à l'étude, porté par la Caisse des dépôts et l'incubateur Semia, pour accompagner les projets naissants dans un contexte qui promet d'être fécond. C'est l'ensemble de cette dynamique qui devrait, dès la rentrée de septembre, faire l'objet d'une campagne commune de communication à l'attention des milieux économiques nationaux. Avec un message: montrer que Strasbourg et a fortiori l'Alsace sont plus que jamais dans la course, engagés dans l'économie et la connaissance du XXIesiècle.
Les arbitrages des Investissements d'avenir placent l'Université de Strasbourg parmi les grands gagnants nationaux. Des dizaines de millions d'euros destinés à la recherche, qui doivent indirectement irriguer le tissu économique local.