«On sera le vilain petit canard», glisse Michel Vareilles, nouveau patron de l'Intermarché Express rouennais inauguré le 15février dernier à deux pas de la Place du Vieux Marché. Le franchisé est décidé à mettre un bon coup de pied dans la fourmilière du commerce alimentaire de centre-ville: «nous arrivons avec des prix plus bas que nos concurrents pour bousculer le marché», explique-t-il sans ambages.
Trois rivaux dans un rayon de 500m
Dans un rayon de 500m, on ne compte pas moins de trois enseignes rivales: Simply market, Monoprix et Marché U.De quoi inquiéter la concurrence? Sans doute. «Nous sommes un peu surpris, reconnaît Patrick Marguerie, directeur de la communication Nord Ouest Système U.Il aurait été plus judicieux de faire venir une enseigne sur une autre gamme de produits». Et ainsi, selon lui, de diversifier un peu plus l'offre commerciale rouennaise. Le directeur de la communication dit s'attendre à un effritement du chiffre d'affaires de son magasin «de l'ordre de quelques pourcents, évalue-t-il. La rentabilité de ces affaires reste tendue». Patrick Marguerie ne dramatise pas pour autant. «La concurrence Intermarché/Système U, c'est du grand classique. On continuera à creuser notre sillon», prévient-il. «Il y a de la place pour tout le monde, juge de son côté Eline Vareilles. Monoprix réalise plus de la moitié de son chiffre d'affaires sur le non alimentaire, Simply market n'est pas vraiment situé dans la même zone de chalandise que la nôtre». Le choc risque donc d'être frontal avec Marché U situé à l'angle de la Place du Vieux Marché et de la rue Cauchoise... «En France, c'est le magasin qui a la meilleure rentabilité au mètre carré commercial», croit savoir la patronne. Preuve selon elle qu'il y a la place pour l'arrivée d'un Intermarché Express. D'autant que le nouvel arrivant veut se démarquer. «C'est un nouveau concept. Nous visons une clientèle urbaine, jeune... Nous avons beaucoup de produits spéciaux que les autres n'auront pas», notamment un espace «Snacking» qui complète une offre plus traditionnelle. Une attention particulière est également portée au bio et aux produits locaux.
Un centre plus attractif
Les époux Vareilles abordent donc sereinement et sans animosité cette nouvelle aventure. Au passage, ils saluent le soutien de la mairie de Rouen. «Sans eux, cela n'aurait pas pu se faire», estime Eline Vareilles. Guy Pessiot, l'adjoint au maire pour le commerce, regarde d'ailleurs cette nouvelle installation d'un bon oeil: «c'est un moyen de ramener les gens en centre-ville et ainsi éviter les déplacements polluants en périphérie. Il y a une forte demande aujourd'hui pour du commerce alimentaire de proximité», juge l'élu. Au passage, il rappelle que Rouen se situe un peu en dessous de la moyenne nationale en termes de mètres carrés commerciaux destinés à l'alimentaire. Selon lui, il y a de la place pour tout le monde. «À Paris, la densité commerciale a augmenté sans provoquer de fermeture massive de magasin». L'ouverture de cette nouvelle enseigne répond à une seule politique: rendre le centre-ville rouennais plus dynamique, plus attractif. Et le commerce alimentaire en serait l'une des conditions. «Y 'a-t-il de la place pour tout le monde», s'interroge toutefois Philippe Dépréaux, président de l'association des commerçants 3CR. «La réponse n'est pas forcément positive». Aujourd'hui, selon lui, l'offre dépasse la demande: «une fermeture à moyen terme n'est pas à exclure», assure-t-il. Quoi qu'il en soit, l'ouverture d'Intermarché Express dépasse le seul cadre rouennais. «C'est le premier magasin de ce type à ouvrir dans la région Ile-de-France (NDLR: Rouen y est rattachée dans l'organigramme d'Intermarché)», explique le couple Vareilles. Nul doute que les stratèges nationaux du groupe vont scruter à la loupe le lancement de leur enseigne rouennaise.
Manuel Sanson
distribution. Le distributeur a inauguré en février à Rouen son concept d'enseigne de proximité «Intermarché Express». Un nouveau venu dans un périmètre déjà occupé par ses principaux concurrents.