La filière bio française ne baisse pas les bras. Le chiffre d’affaires global (12,2 Md€), après deux années difficiles dans la période post-Covid, a rebondi de 0,8 % en 2024 (sauf dans la grande distribution). Et les premiers indicateurs sur 2025 sont encore plus encourageants. Une amorce de reprise que veut amplifier l’interprofession Interbio Occitanie, qui rassemble 5 grands acteurs occitans (la fédération régionale Bio Occitanie, la Chambre régionale d’agriculture, la Coopération agricole, le réseau de PME Ocebio, et l’association viticole SudVinBio).
Une offensive de communication
Ainsi, le budget annuel d’Interbio vient de passer de 600 000 à un million d’euros. L’essentiel de cette hausse est lié aux actions de communication : lancée en 2022, la campagne "C’est bio l’Occitanie" sera prolongée et intensifiée sur les réseaux sociaux, par affichage, parutions presse, puis par une campagne de pub télé en septembre. L’objectif est de mieux faire connaître les produits d’Occitanie, une région qui reste au premier rang du bio, avec 22 % des surfaces agricoles et 24 % des producteurs de la filière en France. "Le plan bio, que nous avons signé avec nos partenaires en 2023, compte 6 axes pour couvrir l’ensemble des problématiques, et la communication est l’une d’elles", confirme l’éleveur catalan Mathieu Maury, élu nouveau président d’Interbio lors d’une assemblée générale tenue le 17 juin.
De nouvelles pistes à explorer
Sur le plan interne, l’interprofession accélère les échanges entre les opérateurs économiques de l’amont et de l’aval siégeant dans ses 9 comités thématiques (lait, viande, fruits et légumes, vin…), pour mieux les coordonner et identifier les actions à mener. Par ailleurs, elle s’appuie sur son observatoire, qui produit des rapports stratégiques : le dernier en date, ciblant les grandes cultures, est en cours de présentation auprès des acteurs économiques.
Agir sur la restauration commerciale
Parmi les nouveautés, Interbio veut agir sur la restauration commerciale, la majorité du marché bio français (92 %) se concentrant à ce jour sur la consommation à domicile. "Nous menons un sourcing des restaurateurs pour mieux valoriser nos produits car ils le sont encore trop peu, hormis le vin. Notre objectif est qu’ils en achètent plus. Les clients le demandent", indique Nancy Fauré, directrice d’Interbio.
Affirmer des positions fortes
Malgré la crise post-Covid, qui s’ajoute à toutes celles ayant jalonné l’histoire de la filière depuis les années 1980, les professionnels occitans se préparent eux-mêmes à rebondir. Témoignant lors de la même AG, le groupe catalan Organic Stories (160 salariés, CA 2024 : 23 M€), fabricant de produits cuisinés bio, a réussi à maintenir une production de 10 millions de pots par an. "Depuis 2021, les effets de la crise se sont cumulés : nous sommes distribués en majorité dans les magasins spécialisés, qui ont souffert, tandis que nos coûts énergétiques explosaient. Pourtant nous n’avons pas abandonné nos principes, en refusant les colorants ou les épaississants alors que les consommateurs réclamaient des baisses de prix. Nous avons perdu les plus récents d’entre eux, mais conservé les plus anciens. Les Français veulent changer d’alimentation, et le bio porte de bonnes solutions pour ça, à condition de rester sur des positions fortes comme les nôtres", estime le PDG Brooks Wallin.
L’accompagnement de la recherche
Une autre voie d’avenir explorée actuellement par la filière réside dans la recherche. Émilie Combebiac, productrice de céréales et de légumineuses dans le Tarn, a ainsi passé un accord avec l’INRAE (institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement) de Toulouse. "Nous misons sur les rotations de culture entre espèces végétales adaptées aux aléas climatiques. Nous nous appuyons pour cela sur des chercheurs car nous n'avons pas ces compétences en interne. Il faudrait démultiplier cette approche car trop souvent les agriculteurs pensent qu'ils doivent prendre les risques tous seuls. Au contraire, il nous faut plus travailler ensemble", sourit la productrice.