«La première délégation que j'ai reçue comme jeune parlementaire, c'était une délégation de la société FAO.Et les deux premières années, j'ai pris mon bâton de pèlerin pour faire venir de la région parisienne des entreprises. Ça a été ma passion. Car je savais que si on ne diversifiait pas l'emploi d'une région traditionnellement rurale, on mourrait à petit feu.» Pierre Méhaignerie répète l'anecdote à qui veut l'entendre, sans jamais se lasser. Une posture qui pourrait passer pour le voeu pieux d'un élu loin des réalités de terrain. Mais ce serait bien mal connaître le maire de Vitré et président d'une communauté d'agglomération proche des 65.000 habitants.
Miracle ou véritable stratégie?
La devise "Vive l'entreprise" pourrait en effet être accrochée au fronton de l'hôtel de ville tant discours et actes semblent sans cesse tournés vers le monde économique. Avec, il faut bien l'avouer, des résultats. Chiffres à l'appui. Le premier d'entre eux, souvent cité en exemple, le taux de chômage. 3,7% pour le plus bas enregistré (c'était avant 2008), 5,3% aujourd'hui. Dans ces conditions, pas étonnant que l'on parle parfois de "miracle vitréen". Pas question pour autant d'aller chercher des explications du côté de la grotte de Massabielle, à Lourdes. C'est au pays des Marches de Bretagne que l'on trouve la clé. Une clé qui se nomme... industrie. 44% des emplois, dont 40% dans l'agrolimentaire, sont en effet issus du secteur industriel. Avec des locomotives comme SVA, Pigeon, Cooper Standard Automotive, Thales, BCM Cosmétique, Tendriade, Allflex... Le résultat semble-t-il d'une véritable stratégie. Avec par exemple une Maison de l'Emploi présidée par un chef d'entreprise (Dominique Langlois, patron de SVA) et dirigée par un cadre qui est aussi le patron de Pôle Emploi à Vitré. Deux beaux symboles.
«Les Français aiment mieux leur État que l'industrie»
Une stratégie, donc, et une conviction. «L'industrie, c'est la base économique du pays, c'est sa richesse, souligne Pierre Méhaignerie. Ce ne sont pas les services qui améliorent la productivité.» Et de faire l'amer constat que «les Français aiment mieux leur État que l'industrie.Quand je vois les difficultés que l'on a à remplir les Bac Pro malgré une campagne active...» La faute à une orientation scolaire défaillante et une mauvaise image de l'industrie dans l'Éducation Nationale selon le président. La formation des jeunes, un pilier important de la stratégie du territoire sur le plan économique. «Nous avons à montrer aux jeunes qu'ils peuvent suivre ici un parcours jusqu'à l'ingénieur», indique Pierre Méhaignerie. L'an passé, un Bac Pro Pilote de ligne automatisée a ainsi été ouvert pour répondre aux besoins de l'industrie. Avec des entreprises qui s'engagent à recruter les jeunes en alternance et plus si affinités. «On voudrait absolument avoir un centre formation qui aille jusqu'à la licence professionnelle-BTS par alternance.» Et puis un projet de partenariat avec l'Ecam de Rennes (formation d'ingénieurs) est dans les cartons.
«Le plus actif, et le plus vulnérable»
Alors bien sûr, tout n'est pas idyllique à Vitré. «On n'a pas été tous les jours vernis, confirme Pierre Méhaignerie. Quand on reçoit dans la cour du château 900 salariés Mitsubishi qui vont être licenciés, c'est dur. Et puis il y a eu aussi Coudémaille et Nounours. On est le bassin industriel le plus actif, mais aussi le plus vulnérable. Il faut sans cesse renouveler le tissu.» Véritable ambassadeur de l'industrie, l'ancien député veut bien admettre qu'il y a «des métiers dont les salaires ne correspondent pas à la dureté du travail. Il y a aussi des efforts de considération à faire.» Mais toutefois de rappeler que l'industrie paie mieux que les services, avec moins de temps partiel et plus d'heures supplémentaires.
Espace "Santé au travail" dans la future piscine
Enfin, en bon représentant d'une droite sociale qui revient sur le devant de la scène après la défaite de Nicolas Sarkozy, l'élu vitréen réserve dans ses convictions une place de choix à la santé au travail. On se rappelle par exemple que lors du débat sur les retraites, Pierre Méhaignerie avait déposé un amendement sur la pénibilité au travail. Une conviction qu'il applique aujourd'hui à Vitré. À l'occasion de l'extension de la piscine, qui sera achevée fin 2013, il va expérimenter la construction d'un espace spécifique "santé au travail", avec deux hydrothérapeutes. Des contacts ont été pris avec les Thermes Marins de Saint-Malo. L'espace sera ouvert aux salariés des PME du territoire et il sera financé à 50% - pour le fonctionnement et l'encadrement - par les entreprises. Un outil permettant notamment de traiter les troubles musculo-squelettiques (TMS). «Il y a quatre ou cinq entreprises des secteurs du froid et de l'agrolimentaire qui sont très motivées», affirme Pierre Méhaignerie.
L'industrie française s'est invitée durant la campagne présidentielle et - dégradation de la conjoncture oblige- n'a pas quitté les débats. Il n'y aurait plus d'industrie en France? Une phrase qui fait sourire, du côté de Vitré.