Industrie : Le Printemps alsacien
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Industrie : Le Printemps alsacien

Après avoir senti le vent du boulet pendant la crise, l'industrie alsacienne donne des signes de reprise encourageants. Alors que la semaine de l'industrie se déroule du 4 au 10 avril, une récente étude laisse penser que son avenir est assuré.

L'industrie alsacienne aurait-elle surmonté le ?stress test? de la crise avec succès? À l'heure où la page des éprouvantes années 2008-2010 semble se tourner, la question a été indirectement posée par la récente étude menée conjointement par KPMG-Segec, le groupe Crit et les CCI d'Alsace, révélée le mois dernier. Et sans verser dans l'autosatisfaction, la réponse est oui. Non seulement elle a su trouver les ressources pour surmonter une crise qui l'a tout de même affaiblie, mais peut-être a-t-elle aussi su renforcer ses fondamentaux pour garantir son futur. C'est également ce que disait, en substance, l'étude de conjoncture de la Banque de France présentée en février (cf. Journal des Entreprises numéro43). Selon l'étude de KPMG-Segec, près de 80% des chefs d'entreprises pensent que l'industrie a encore un avenir en Alsace. Un quasi-plébiscite qui tient à la qualité de la main-d'oeuvre de la région et à sa position géographique jugée «avantageuse». «L'an dernier, nous avons convaincu notre maison mère allemande d'investir sur notre site de Seltz. Résultat, une capacité de production augmentée de 50%», se réjouit ainsi Rémy Brandel, directeur général du fabricant de peintures spéciales Geholit. De son côté, le président du fabricant d'ampoules Osram André LeBihan souligne la réactivité et la flexibilité de ses équipes de production comme un argument de poids face à sa maison mère (Siemens). «Chez Osram, des investissements étaient programmés sur d'autres sites mais en seulement 9 mois, nous avons su répondre à l'évolution de la réglementation du secteur (fin des ampoules à filament en Europe, NDLR)», souligne-t-il.




Consolider et développer

Assisterait-on donc au Printemps de l'industrie alsacienne? Deux autres points soulevés par l'étude pourraient en attester. D'abord, et malgré une forte pression sur le modèle industriel alsacien, près de 100% des établissements interrogés (99,4% précisément) ont affirmé vouloir «conserver des activités en Alsace». Enfin, près de 16% des sondés sont même allés jusqu'à envisager de «faire revenir des activités» dans la région. Tous les espoirs sont permis! «Des résultats globalement homogènes selon les secteurs d'activités», selon KPMG. Avec une petite prime à l'enthousiasme pour le secteur de la fabrication de matériels de transport et celui du bois-imprimeries-papier. Au-delà de ces intentions qui n'engagent pour l'instant que ceux qui veulent y croire, il y a les tendances plus concrètes observées par la Banque de France. Activité «raffermie», «confortée», «intensifiée»... La dernière note de conjoncture locale de l'institution souligne des taux d'utilisation de l'outil de production en hausse notamment dans les univers de la fabrication d'équipements électriques, des machines et équipements ou encore des matériels de transport. Des secteurs clés qui pèsent plus de 40% de l'emploi industriel alsacien. Ce ?rayon de soleil ?garantit-il pour autant le modèle économique? Pas sûr, quand on sait que plus de 80% des patrons alsaciens estiment que la baisse des impôts et charges est le premier levier à actionner pour assurer la compétitivité. Et que celle-ci n'est ni de leur ressort, ni de celui des politiques locaux. «Si nous voulons assurer la pérennité de nos entreprises, nous devons nous appuyer sur notre personnel. Pour mieux le rétribuer il faut pouvoir augmenter le salaire net. Mais le problème en France c'est qu'on fait peser sur les salaires la qualité de notre modèle social. Si nous pouvions mieux payer nos salariés sans que cela nous coûte trop cher, nous pourrions être plus compétitifs et développer l'emploi», souligne Jean Mouro, le directeur de PSA à Mulhouse.




Être convaincant

En attendant, et c'est André LeBihan qui le rappelle, le maintien des investissements en Alsace dépend aussi «de la capacité du patron local à convaincre son siège». Rémy Brandel vient aussi tempérer les plus enthousiastes: «À l'origine, les Allemands avaient choisi l'Alsace pour la langue et pour le réseau de partenaires (banquiers, comptables...) qu'ils y ont trouvé. Mais aujourd'hui, ils ne referaient certainement pas pareil. Ils comprennent très mal les 35h, la position des syndicats ou encore les coûts de production ici».

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