Industrie : Et si l'Alsace n'allait pas si mal ?
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Industrie : Et si l'Alsace n'allait pas si mal ?

CONJONCTURE Bien sûr, on peut voir le verre à moitié vide. Mais malgré les vents contraires, les industriels alsaciens résistent. Seule ombre au tableau : le manque de visibilité qui mine les patrons et leurs banquiers. En cinq points, voici les clés pour comprendre la conjoncture.

1. Un exercice 2011 en dents de scie, soutenu par l'export. Sans surprise, après un premier semestre excellent, et même «un premier quadrimestre très fort», souligne-t-on à la Banque de France (BdF), l'activité a reflué sur la deuxième partie de l'année. Il n'empêche: l'avance prise en début d'année a permis de terminer 2011 avec un chiffre d'affaires du secteur industriel en hausse de 6,7% là où, dans leurs prévisions, les dirigeants n'attendaient que+3,5%, selon la Banque de France dans son point de conjoncture annuel. «L'export a été un facteur clé de notre dynamisme», souligne Hélène Tanguy, responsable du département entreprises de la BdF. Toujours précautionneux, les dirigeants anticipaient une hausse de 2,3% de leur activité à l'export, elle aura finalement été de 9,1%. Également auteur d'une étude de conjoncture multisectorielle, la CCI de région confirme: «Le secteur de l'industrie se distingue très nettement de la moyenne générale», rapporte cette étude. «Nous avons la chance d'avoir une industrie forte», insiste le président de la CCI-R Jean-Louis Hoerlé, «avec des entreprises qui se sont remises en questions et, pour certaines, ont relocalisé de l'activité».




2. 2012 soutenu par des carnets de commandes corrects.

«Les chefs d'entreprises nous disent qu'ils ont peu de visibilité, mais leurs affaires tournent», entame Philippe Jeannel, directeur régional de la BdF, «le contraste est fort entre ceux qui avaient l'habitude de travailler avec une vision long terme et les autres, plus habitués au travail à la semaine». Résultat, une projection qui fait froid dans le dos: «La prudence est très grande pour 2012, avec des perspectives de production en dessous de la moyenne longue période», constate Hélène Tanguy. Soit +1% pour l'industrie, pénalisée par un recul de ce qui a fait sa force depuis deux ans: l'export. En clair, 2012 pourrait ne pas donner toute sa quintessence en raison de l'attentisme des dirigeants. «D'un côté, ils nous disent qu'individuellement ils vont bien mais de l'autre, que globalement ils n'y voient pas clair, qu'ils ne voient pas où ils vont». Directeur d'Oséo, Bernard Nicaise résume ainsi le paradoxe de la situation. De quoi tempérer leur optimisme mais, selon la CCI, 61% des industriels anticipent tout de même une hausse ou une stabilité de l'activité.




3. La démarche d'innovation reste ferme.

Acteur de l'accompagnement de l'innovation, Oséo a connu «une activité soutenue en 2011», portée par son implication dans le programme des investissements d'avenir. La structure a injecté 20M€ dans le soutien de projets innovants. Elle entend le renforcer en s'impliquant davantage sur le Crédit impôt recherche: «Nous sommes désormais habilités à délivrer le rescrit qui valide les dossiers CIR auprès de l'administration fiscale», explique Bernard Nicaise. De quoi le rendre optimiste quant à la volonté des industriels d'innover encore.




4. L'investissement productif devrait (enfin) repartir.

On l'attendait l'an dernier, la reprise de l'investissement ne devrait être palpable que cette année finalement. L'industrie pourrait, selon la BdF qui interroge surtout les plus grandes entreprises, renouer avec des investissements assez conséquents en 2012. Elle attend une hausse de 11,3% «mieux que la moyenne nationale», et surtout bien plus fort qu'en 2011, où le recul était de plus de 1%. On reste loin tout de même des niveaux d'avant la crise de 2008. La CCI est plus mesurée. Selon elle, la part des dirigeants industriels prévoyant d'augmenter l'investissement est de 18%, contre 60% pour une stagnation sur des niveaux de 2011 qui étaient déjà faibles.




5. Trésorerie et rentabilité secouées.

«La situation des trésoreries est cautérisée», estime Bernard Nicaise, qui en veut pour preuve la fin, l'an dernier, du Plan de consolidation des trésoreries d'Oséo. Un constat corroboré par l'étude de la CCI: selon elle, 54% des entreprises industrielles l'ont vu se stabiliser au deuxième semestre et 19% s'améliorer. Cela laisse tout de même 27% qui l'ont vue se dégrader. Des ratios qui se détériorent début 2012 avec des patrons en manque de visibilité. Ils sont 22% à ne plus se prononcer sur les perspectives. L'industrie serait toutefois, selon la BdF, la filière tirant le mieux son épingle du jeu en matière de rentabilité en 2011, puisque les trois quarts des industriels l'ont vu se stabiliser ou progresser. Nettement devant le BTP ou les services. Le même schéma devrait se répéter cette année.

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