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Humeau-Beaupréau, survivant de l'âge d'or de la chaussure dans le choletais
Maine-et-Loire # Textile et mode # Stratégie

Humeau-Beaupréau, survivant de l'âge d'or de la chaussure dans le choletais

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En se réinventant et en innovant, le groupe Humeau-Beaupréau a résisté contre vents et marées aux difficultés qu'a connu le secteur de la chaussure dans le choletais. L'entreprise familiale née en 1905 demeure l'un des derniers témoins d'un âge d'or qui aura duré plus de 50 ans.

Anne-Céline Humeau dirige le groupe Humeau-Beaupreau depuis 2019 — Photo : Humeau-Beaupréau

Jusque dans les années soixante-dix, dans un rayon d’une quarantaine kilomètres autour de Beaupréau, la capitale des Mauges (Maine-et-Loire), chaque commune ou presque comptait une ou plusieurs usines de fabrication de textile ou de chaussures. En 1957, on comptait 420 établissements qui employaient alors 16 000 personnes entre le Choletais, le nord de la Vendée et des Deux-Sèvres et le sud-est de la Loire-Atlantique. Une paire de chaussures sur quatre produites en France y était alors fabriquée.

Une dizaine de fabricants

À la fin des années soixante-dix et dans les années quatre-vingt, la délocalisation, initialement dans les pays du Maghreb puis en Asie, a fortement ébranlé le secteur. Si le territoire a su rebondir et conserver son dynamisme dans d’autres domaines, le textile et la chaussure ne représentent aujourd’hui qu’une petite part de l’activité industrielle. "Il reste aujourd’hui moins d’une dizaine de fabricants dans les Mauges, estime Anne-Céline Humeau, présidente d’Humeau-Beaupréau, peut-être une vingtaine si l’on élargit aux départements voisins." Le groupe Éram à Saint-Pierre-Montlimart, Bosabo à Montigné-sur-Moine ou la maison Joseph Malinge à La Tourlandry sont aussi de ces aventures familiales qui ont perduré.

Jusqu'à 700 salariés

Le groupe Humeau-Beaupréau est de ceux-là. L'entreprise fabrique des chaussures au cœur des Mauges depuis 120 ans et 5 générations. En 1905, Pierre Humeau ouvre à La Chapelle-Aubry, à quelques kilomètres de Beaupréau, un petit atelier industriel. L’homme s’était pris de passion à l’âge de 12 ans pour le métier de cordonnier, en 1869. "C’était mon arrière-arrière-grand-père, raconte Anne-Céline Humeau. A chaque génération, l’aîné des fils de la famille, qui portait à chaque fois le prénom de Pierre, a ensuite transmis le flambeau."

Avant de se recentrer sur la production pour enfants, le groupe fabriquait également des chaussures pour femmes et pour hommes — Photo : Humeau-Beaupréau

Des décennies durant, l’entreprise familiale Humeau accompagne alors l’essor local de la chaussure et va employer jusqu’à près de 700 salariés dans plusieurs usines autour de Beaupréau.

Une histoire de résilience

L’année 2019 marque l’arrivée d’Anne-Céline, dont le prénom rompt avec la tradition familiale, à la présidence du groupe Humeau-Beaupréau. "J’ai intégré l’entreprise en 2006, témoigne-t-elle, aux côtés de mon père qui y était entré dans les années 1970. Il était alors expatrié au Canada et mon grand-père lui avait demandé de revenir pour l’épauler dans les difficultés que traversait alors le secteur de la chaussure." Anne-Céline Humeau codirige désormais l’entreprise avec son frère Guillaume. "Je dis souvent que je suis née dans une boîte de chaussures, plaisante-t-elle. Aussi la transmission s’est-elle faite de manière presque inconsciente. J’étais l’aînée des petits-enfants, et pendant mes études, mon grand-père m’écrivait une lettre tous les jours, me donnant des nouvelles de l’entreprise, de la famille, de Beaupréau…"

Naturellement, la jeune femme, qui s’était pourtant promis de ne pas revenir vivre dans la petite ville qu’il l’avait vu naître et grandir, y est tout de même retournée pour perpétrer l’aventure familiale. "L’histoire de l’entreprise, c’est sa résilience, assure-t-elle. Au fil des générations, il y a eu de nombreuses adaptations au marché et des réajustements." Des difficultés aussi, avec un redressement judiciaire de plus d’une décennie, à cheval sur les deux siècles, jusqu’à ce que la société se relance.

Reprise et délocalisation

Cette résilience, ce réajustement et cette adaptation au marché, l’entreprise familiale les a entamés très tôt dans son histoire. Avec la création entre les deux guerres de la marque Bopy, dédiée aux enfants et qui reste l’une des activités phare du groupe.

Dès 1947, l'entreprise a intégré l'injection PVC, qui compte aujourd'hui pour les deux tiers de sa production — Photo : Humeau-Beaupréau

Dès la fin de la seconde guerre mondiale, en 1947, l’entreprise développe l’injection plastique. Elle marche alors sur deux jambes, celle des chaussures traditionnelles pour femmes, hommes et enfants, et celles des bottes et sabots en PVC. Elle renforce cette dernière activité en 1997 en reprenant la marque Baudou, spécialiste des chaussures de travail et de sécurité. "Avec la crise de la chaussure dans les années quatre-vingt, raconte Anne-Céline Humeau, l’entreprise s’est recentrée sur les produits pour enfants et a délocalisé la fabrication en cuir vers la Tunisie, avec sa propre usine." Cette période correspond à la fermeture de différentes unités dans les Mauges pour tout reconcentrer dans un seul site à Beaupréau à la fin des années quatre-vingt-dix.

Cœur du groupe, le siège bellopratain, qui emploie environ 130 collaborateurs, s’est spécialisé dans l’injection et fabrique 80 % de ses chaussures en PVC. C’est là aussi que tous les produits des différentes marques sont conçus, testés, et que les matières premières sont contrôlées avant de rejoindre l’unité tunisienne d’une centaine de personnes. Le groupe travaille aussi avec un sous-traitant marocain spécialiste de l’injection, qui œuvre quasi exclusivement pour lui.

Quatre piliers

Désormais, l’activité d’Humeau-Beaupréau, qui fabrique pour un tiers des chaussures en cuir et pour les deux tiers en injection PVC commercialisés dans des boutiques auprès de 5 000 points de vente via des détaillants, grossistes, intermédiaires et coopératives agricoles, repose sur quatre piliers : sa marque Bopy, dédiée aux enfants, la marque Baudou, les produits pour la grande distribution sous la marque UMO ou en marque de distributeur, et la marque Méduse : Humeau-Beaupreau a en effet repris en 2003 les moules et une partie des machines de La Sarraizienne, fabricant de la "Jelly Shoe", sandalette iconique des années soixante et soixante-dix.

Humeau-Beaupreau a repris en 2003 les moules et une partie des machines de La Sarraizienne pour créer la marque Méduse — Photo : Humeau-Beaupréau

"C’est le début de l’histoire de la 5e génération à la tête de l’entreprise, analyse Anne-Céline Humeau. Pendant six, ans, nous avons mené un travail pour assainir la contrefaçon, avant de repositionner la marque sur un créneau plus mode." En 2009, le groupe y ajoute un autre type de modèles, en reprenant l’entreprise Plasticana, pour fabriquer des sandales en PVC recyclable composé de fibres de chanvre.

Une PME exportatrice

Depuis, le groupe décline la Méduse dans des coloris tendance, a développé des formes nouvelles, et les produits de la marque, fabriqués à Beaupréau et au Maroc, sont vendus pour 50 % à l’international. En Europe, mais aussi en Corée du Sud, aux Japon, aux Etats-Unis, Canada ou encore en Australie. L’export représente environ 20 % du chiffre d’affaires du groupe, qui s’élève à 18 millions d’euros. Avec La Manufacture, filiale du groupe Éram, Humeau-Beaupréau a même développé une snicker Meduse, mariage de cuir et de PVC. "Il faut se réinventer à chaque étape, indique Anne-Céline Humeau. Nous avons maintenant une gamme de pulls, fabriqués par l’entreprise bretonne Royal Mer. Nous voulons continuer de faire progresser Méduse et peut-être développer une marque plus globale."

Défi environnemental

Autre enjeu, celui de l’environnement : depuis plusieurs années, le groupe travaille sur des produits en PVC recyclés, avec son projet Circular Boot et récupère depuis 2022 des bottes et sabots en fin de vie. "Nous avons créé l’outil et cette année nous passons à la phase industrielle du projet, témoigne la dirigeante. Le recyclage va monter en puissance et l’objectif est de fabriquer des bottes sabots et chaussures de la marque Méduse en introduisant des déchets de production et du PVC issus de chaussants récupérés. Une autre manière pour la cinquième génération de la famille de marquer de son empreinte l’histoire de l’entreprise.

Maine-et-Loire # Textile et mode # Industrie # Stratégie # PME